Cinq euros perdus, un regagné
Jeudi 29 octobre, à 18 h 02, le groupe TF1 publie ses comptes des neuf premiers mois de 2026. Le chiffre d’affaires s’établit à 1 454,3 millions d’euros, contre 1 598,3 millions un an plus tôt : 9 % de moins. À périmètre et change constants, c’est-à-dire sans les activités cédées en 2025 comme My Little Paris, le groupe annonce un recul de 6,6 %.
Le cœur du problème tient en une ligne. Les recettes publicitaires tombent à 1 021,7 millions d’euros, contre 1 121,2 millions sur la même période de 2025, soit 99,5 millions de moins. Dans le même temps, la publicité de TF1+, la plateforme gratuite du groupe, passe de 133,9 à 159,6 millions (+19 %).
Le reste, essentiellement l’antenne des chaînes, recule donc de 987,3 à 862,1 millions d’euros, d’après notre calcul à partir des comptes : 125,2 millions de moins, une baisse de près de 13 %. Pour un euro gagné en streaming, TF1 en perd presque cinq ailleurs.
Le troisième trimestre ne change pas la tendance. Le chiffre d’affaires du seul trimestre recule de 495,5 à 460,9 millions d’euros (-7 %). Le groupe met en avant une publicité TF1+ en hausse de 20,5 % sur la période, à environ 51 millions, qu’il attribue au partenariat avec Netflix. Les comptes décrivent aussi un quatrième trimestre d’affilée de recul plus fort que prévu du marché de la publicité linéaire.

| Indicateur | 9 mois 2025 | 9 mois 2026 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Chiffre d’affaires | 1 598,3 | 1 454,3 | -9 % |
| Recettes publicitaires | 1 121,2 | 1 021,7 | -99,5 M€ |
| dont TF1+ | 133,9 | 159,6 | +19 % |
| Publicité hors TF1+ (calcul OHMAZIN) | 987,3 | 862,1 | -125,2 M€ |
| Chiffre d’affaires digital | 170,0 | 198,0 | +16,5 % |
| Résultat net part du groupe | 122,5 | 71,2 | -42 % |
| Marge opérationnelle courante des activités | 11,9 % | 7,6 % | -4,3 points |
Netflix, la nouvelle antenne
Depuis le 19 juin 2026, les abonnés de Netflix en France regardent TF1, TMC, TFX, TF1 Séries Films et LCI en direct dans l’application, avec les programmes de TF1+, sans payer de supplément, selon l’annonce de lancement de Netflix. Le groupe TF1 parle d’une première mondiale.
Le point clé pour les annonceurs date de l’été 2025. Netflix a précisé que ces programmes seraient proposés avec publicité à tous ses membres, y compris ceux qui paient une formule sans pub, et parlait alors d’un « test » dont il tirerait les enseignements.
Côté audience, le groupe TF1 revendique des effets rapides. Près d’un abonné Netflix sur deux aurait regardé au moins un programme de TF1+ depuis le lancement ; Secret Story, Koh-Lanta All Stars et La Cible sont entrés dans le Top 10 de Netflix. La consommation de TF1+ mesurée par le groupe progresse de 25 % au troisième trimestre, contre 13 % sur neuf mois, et la plateforme affiche 42 millions de « streamers » par mois en moyenne selon Médiamétrie. Le 25 juin, six jours après le lancement, TF1+ a battu son record avec 8,3 millions d’utilisateurs uniques sur une journée, indiquait le rapport semestriel.
Ce que Netflix paie, ou ce que les deux groupes se partagent, reste inconnu. Ni TF1 ni Netflix n’ont publié les conditions financières de l’accord. Dans les comptes des neuf mois, Netflix n’apparaît qu’une fois, et pas là où on l’attendait.
La fiction change de prix
Netflix est cité dans une note technique : depuis le 1er janvier 2026, TF1 a revu la façon dont il répartit le prix d’achat d’une fiction française entre droits de coproduction et droits de diffusion. Motif avancé : la progression du streaming, encore amplifiée par le partenariat avec Netflix. Pour les fictions d’au moins 52 minutes, la valeur de diffusion est désormais consommée à 90 % lors de la première diffusion et à 10 % lors de la seconde.
Traduit hors du jargon comptable, et c’est notre lecture de cette note : dans les comptes de TF1, une rediffusion à l’antenne ne vaut presque plus rien. La valeur d’une série se joue au premier passage, puis dans les usages à la demande. Pour les producteurs, la négociation se déplace vers ces droits-là.
Studio TF1, la branche de production du groupe, illustre le déplacement. Son chiffre d’affaires progresse de 212,7 à 218,4 millions d’euros, mais la France recule de 63,9 à 52,0 millions quand l’international monte de 148,8 à 166,4 millions. Sa marge opérationnelle courante tombe de 9,4 % à 2,9 %.
Le marché paie le digital
TF1 n’est pas seul. Au premier semestre 2026, les recettes publicitaires nettes de la télévision, numérique compris, ont reculé de 6,2 %, à 1 542 millions d’euros, malgré la Coupe du monde, selon le baromètre BUMP de France Pub, de l’IREP et de Kantar Media. La durée de publicité diffusée en télé linéaire baisse de 15 %.
L’argent n’a pas disparu : il a changé d’écran. Sur la même période, la publicité sur les réseaux sociaux atteint 2 219 millions d’euros (+15,7 %) et le search 2 740 millions (+12 %). En recettes publicitaires, les réseaux sociaux pèsent désormais plus que toute la télévision française.
Chez M6, la Coupe du monde a masqué la pente. Le groupe annonçait fin juillet des recettes publicitaires stables au premier semestre (520,4 millions d’euros, +0,1 %) et revendiquait une publicité vidéo en hausse de 1 % contre environ -9 % pour le reste du marché, comme le relayait ABC Bourse. M6 a lui aussi choisi une plateforme américaine : M6+ est accessible dans Prime Video depuis janvier 2026.
Bouygues passe la facture
Le lendemain des comptes, le 30 octobre, Bouygues, premier actionnaire de TF1, annonce une dépréciation de 569 millions d’euros sur sa participation. TF1 vaut désormais 9,67 euros par action dans ses comptes, contre 15,36 euros avant. L’actionnaire invoque le recul de la publicité linéaire, le changement des usages des téléspectateurs et le transfert des budgets vers les plateformes numériques.
Bouygues dit garder confiance dans une feuille de route qui « commence à porter ses fruits ». De son côté, TF1 n’a rien déprécié dans ses propres comptes, mais a nettement revu à la baisse la marge normative de ses médias pour tester leur valeur. Une baisse supplémentaire de 10 % de cette marge suffirait à ramener cette valeur au niveau du bilan.
Le groupe, dirigé par Rodolphe Belmer, a confirmé fin octobre ses objectifs 2026, fixés en juillet : une croissance soutenue « à deux chiffres » du chiffre d’affaires digital et une marge des activités hors plus-values située, selon la formule du groupe, entre le milieu et le haut de la fourchette à un chiffre, sous réserve de l’évolution du marché linéaire. Il vise aussi un dividende en hausse dans les prochaines années.
Annonceurs, producteurs, talents
Pour les annonceurs, les programmes de TF1 touchent désormais un public qui ne regarde pas forcément l’antenne : vus dans Netflix, ils restent diffusés avec publicité. Qui commercialise ces écrans dans l’application, et à quel prix : rien n’a été rendu public.
Pour les producteurs, la note sur la fiction française montre que la première diffusion et les droits numériques concentrent la valeur. Pour les talents, animateurs, candidats ou acteurs, Netflix ajoute une vitrine nationale. Les comptes ne disent pas si cette exposition se traduit par une meilleure rémunération.
L’audience suit, la valeur traîne
Notre lecture — Le danger pour TF1 n’est pas d’avoir perdu son public : Netflix lui en ramène, et le Top 10 en témoigne. Le danger, c’est la taille des deux caisses. L’antenne pèse encore 862 millions d’euros de publicité sur neuf mois et en perd 125. TF1+ progresse vite, mais à partir de 160 millions : sur la même période, elle ajoute 26 millions. À ce rythme, le streaming ne comble pas le trou, il le ralentit. L’accord Netflix règle la question de la distribution ; il ne règle pas encore celle de la monétisation, et c’est exactement ce que Bouygues vient de chiffrer. La bataille se joue désormais sur le prix de la publicité, Netflix compris, comme le montrent ses propres résultats.
Ce qui reste incertain
Les conditions financières de l’accord TF1-Netflix (partage des recettes, garantie, durée) ne sont pas publiques. La part exacte de la croissance de TF1+ due à Netflix n’est pas isolée dans les comptes : c’est le groupe qui l’attribue au partenariat.
Le recul de 6,6 % « à périmètre et change constants » et la hausse de 20,5 % de TF1+ au troisième trimestre viennent de la présentation du groupe, que nous avons lue par l’intermédiaire de la presse spécialisée ; nos calculs à partir des comptes publiés y sont cohérents. Le chiffre « hors TF1+ » est un calcul OHMAZIN : il inclut l’antenne, mais aussi TF1Info et la télé segmentée.
Nous n’avons pas trouvé de chiffres publics récents pour la régie de France Télévisions, ni les chiffres de M6 sur neuf mois au 2 novembre.
Questions fréquentes
Quel est le chiffre d’affaires de TF1 en 2026 ?
Sur les neuf premiers mois de 2026, le groupe TF1 a réalisé 1 454,3 millions d’euros de chiffre d’affaires, en baisse de 9 % sur un an (-6,6 % à périmètre et change constants, selon le groupe). Les chiffres de l’année complète sont attendus début 2027.
Peut-on regarder TF1 sur Netflix ?
Oui. Depuis le 19 juin 2026, les abonnés de Netflix en France ont accès en direct à TF1, TMC, TFX, TF1 Séries Films et LCI, ainsi qu’aux programmes de TF1+, sans supplément. Ces programmes sont diffusés avec publicité.
Combien l’accord avec Netflix rapporte-t-il à TF1 ?
Le montant n’est pas public. TF1 indique seulement que la publicité de TF1+ a progressé de 20,5 % au troisième trimestre 2026 grâce au partenariat, et 19 % sur neuf mois, à 159,6 millions d’euros.
Pourquoi Bouygues a-t-il déprécié TF1 ?
Le 30 octobre 2026, Bouygues a passé une dépréciation de 569 millions d’euros sur sa participation dans TF1, en invoquant le recul durable de la publicité linéaire et le transfert des budgets vers les plateformes. L’opération est comptable et sans effet sur la trésorerie, selon Bouygues.
À surveiller
- Jeudi 5 novembre 2026 : les comptes de Bouygues sur neuf mois, qui intégreront la dépréciation de TF1.
- Début 2027 (date à confirmer) : les résultats annuels de TF1, premiers à intégrer un semestre complet avec Netflix.
Pour aller plus loin : la télé et le streaming dans le salon, vus des États-Unis, et la TVA de la télévision payante dans le budget 2027.
Sources
- Groupe TF1 — « Résultats TF1 9M 2026 : comptes consolidés et annexes aux comptes », communiqué réglementé publié le 29 octobre 2026 à 18 h 02 (version anglaise lue), consulté le 2 novembre 2026
- Groupe TF1 — « TF1 First-Half 2026 Financial Report » (rapport financier semestriel 2026), consulté le 2 novembre 2026
- The Media Leader France — « TF1 : la pub linéaire recule, TF1+ accélère grâce à Netflix », Vincent Thobel, 30 octobre 2026, consulté le 2 novembre 2026
- Netflix — « More to Watch, All in One Place: TF1+ and TF1 Live Channel Now Available on Netflix in France », 18 juin 2026, consulté le 2 novembre 2026
- Netflix — « Dans les coulisses de l’annonce du partenariat entre Netflix et TF1 », 31 juillet 2025, consulté le 2 novembre 2026
- Bouygues — communiqué « Bouygues enregistre une dépréciation comptable de sa participation dans TF1 », 30 octobre 2026 (reproduction intégrale sur 24matins), consulté le 2 novembre 2026
- ABC Bourse — « M6 portée par la Coupe du monde 2026 : revenus et audiences en hausse au premier semestre », 28 juillet 2026, consulté le 2 novembre 2026
- France Pub, IREP et Kantar Media — communiqué BUMP « Le marché de la publicité et de la communication : bilan 1er semestre 2026 et prévisions 2026 », 10 septembre 2026, consulté le 2 novembre 2026






