Depuis que Comcast a annoncé la scission de NBCUniversal, un nom revient : Netflix. Un analyste en fait une prédiction, Comcast oppose deux refus nets et la fiscalité ferme la porte pour longtemps. Décryptage d’une rumeur qui en dit surtout long sur ce qui manque à Netflix.

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Une prédiction, pas une offre

Mercredi 21 octobre, une phrase relance la machine. Invité de The Varsity, un podcast consacré au business du sport, Peter Supino, analyste chez Wolfe Research, prédit que Netflix rachètera NBCUniversal une fois le groupe séparé de Comcast, rapporte le site Awful Announcing. Son argument tient en un mot : le sport. NBCUniversal est, selon lui, « le deuxième portefeuille sportif au monde ».

C’est une analyse, pas une information. Netflix n’a rien annoncé, Comcast n’a rien mis en vente, et aucune discussion n’a été rapportée. L’idée circule pourtant depuis juin. Le 29 juin, l’agence Reuters citait une source selon laquelle Netflix « pourrait être » un acheteur, en précisant aussitôt qu’un tel rapprochement buterait sur « d’importants obstacles réglementaires et structurels » et qu’aucun accord ne pourrait intervenir avant un certain délai après la séparation.

La scission, mode d’emploi

Tout part d’une scission. Le 29 juin 2026, Comcast annonce qu’il va se couper en deux sociétés cotées. D’un côté, les réseaux : internet fixe, mobile, services aux entreprises. De l’autre, NBCUniversal et Sky : les parcs Universal, les studios de cinéma et de télévision, les chaînes NBC et Telemundo, la plateforme Peacock, Bravo et les activités européennes de Sky, détaille le communiqué de Comcast.

L’opération prend la forme d’un spin-off non imposable. Personne n’achète rien : les actionnaires de Comcast reçoivent des actions de la nouvelle NBCUniversal. Mike Cavanagh, co-PDG de Comcast, en prendra la tête. Comcast gardera jusqu’à 19,9 % du capital pendant un an au plus, puis les cédera progressivement. La nouvelle société reprendra la structure à deux catégories d’actions de Comcast, celle qui donne à Brian Roberts un droit de vote renforcé, et Roberts restera impliqué dans les deux groupes.

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Le 22 octobre, en publiant ses résultats, Comcast assurait que la séparation restait « sur les rails ». Elle est attendue à la mi-2027, sous réserve du feu vert final du conseil d’administration, des avis fiscaux, des autorisations réglementaires et du financement.

Un verrou fiscal, deux refus

C’est là que la rumeur bute. Pour rester non imposable, une scission ne doit pas servir à préparer une vente. « Pour préserver le caractère non imposable de la scission, une vente de NBCU ne peut même pas être envisagée avant quelques années », écrit Craig Moffett, analyste chez MoffettNathanson, cité par Variety. La durée exacte dépendra des avis fiscaux que Comcast doit encore obtenir. Elle n’est pas publique.

Les dirigeants ont fermé la porte en public. Le 29 juin, devant les investisseurs, Brian Roberts, président et co-PDG de Comcast, a répondu « absolument pas » quand on lui a demandé si la scission préparait d’autres opérations, selon Reuters. Mike Cavanagh a enchaîné d’un « certainement pas », rapporte Variety. Son programme affiché : « construire et investir pour croître ».

Warner, le précédent

Si le nom de Netflix revient, c’est qu’il a déjà tenté le coup. À l’automne 2025, en six semaines, Netflix passe d’un premier appel entre Ted Sarandos et David Zaslav à un accord de 82,7 milliards de dollars pour les studios et le streaming de Warner Bros. Discovery, rappelle Variety. Paramount Skydance, le groupe de David Ellison, surenchérit avec 111 milliards pour l’ensemble du groupe.

Le 26 février 2026, Netflix renonce. Au prix qu’il faudrait pour s’aligner sur Paramount, l’opération « n’est plus intéressante financièrement », écrivent ses deux co-PDG, Ted Sarandos et Greg Peters. Warner était « un plus au bon prix, pas un indispensable à n’importe quel prix ». Paramount a bouclé sa fusion avec Warner début octobre.

Pour Craig Moffett, Netflix a alors « montré son jeu » : il voulait le catalogue et les franchises de Warner. Ceux de NBCUniversal « ne sont pas tout à fait au niveau », écrit-il, mais ce sont « les meilleurs après ».

Le sport, chaînon manquant

Le premier actif visé, c’est le sport en direct. NBC et Peacock diffusent la NBA depuis la saison 2025-2026, dans le cadre de contrats de onze ans, jusqu’en 2035-2036, signés par la ligue en juillet 2024. NBCUniversal détient aussi les droits américains des Jeux olympiques jusqu’en 2036, prolongés en mars 2025 avec le CIO. Et la Coupe du monde 2026 a encore rapporté 224 millions de dollars à sa branche médias au troisième trimestre, selon Comcast.

Supino y voit ce qui manque à Netflix. Le sport occupe les abonnés toute l’année. « Si vous n’avez qu’une saison, les gens peuvent résilier », résume-t-il. Netflix achète aujourd’hui le direct au coup par coup. Cette fin d’année : un match NFL la veille de Thanksgiving, deux le jour de Noël, un combat de boxe. Il promet son plus gros trimestre de direct à ce jour.

Le deuxième actif, c’est Universal : un studio, des franchises et Illumination, le studio d’animation des Minions. Le troisième, Peacock, a changé de visage. La plateforme compte 48 millions d’abonnés payants fin septembre, 17 % de plus qu’un an plus tôt, et dégage désormais un bénéfice d’exploitation de 261 millions de dollars sur le trimestre, selon Comcast.

Tout le reste effraie

Le reste du paquet refroidit. Rich Greenfield, de LightShed Partners, cité par Variety, dresse la liste de ce dont Netflix ne voudrait pas. La chaîne NBC et ses stations locales, qui le soumettraient à la FCC, le régulateur américain de l’audiovisuel. Peacock, qu’il n’aurait aucune envie d’acheter ni de faire vivre. Les parcs à thème, pourtant l’activité la plus rentable du groupe. Le studio l’intéresserait, mais il est difficile à détacher du reste.

Moffett ajoute que le problème de taille de Peacock « n’exige pas de fusion » : il se règle par de « simples accords de distribution ». Restent le prix, que personne n’a avancé, les autorités de la concurrence, et la famille Roberts, qui garde la main sur les droits de vote.

Notre lecture — Le nom de Netflix revient à chaque vente de studio parce que le marché le juge capable de payer et parce qu’il a montré, avec Warner, ce qu’il cherche : des franchises et du temps d’écran. La rumeur sert d’abord ceux qui la portent. Un NBCUniversal présenté comme convoité peut aborder sa cotation avec un meilleur récit boursier. Netflix, lui, a déjà choisi une autre voie vers le sport : louer plutôt qu’acheter. Des matchs à l’unité, des accords de diffusion, sans chaîne, sans parcs ni dette d’acquisition. La valeur du sport, créée par les ligues et payée cher par NBC, Netflix la capte au match, sans en porter le coût fixe.

Et en France ?

Pour l’abonné français, un rachat changerait peu de choses. Les grands droits sportifs de NBCUniversal valent pour les États-Unis : la NBA sur NBC et Peacock, les Jeux olympiques sur le territoire américain. Ils ne traverseraient pas l’Atlantique avec un changement de propriétaire.

Netflix a d’ailleurs fait de la France son laboratoire du direct sans rien racheter. Depuis le 19 juin, ses abonnés y regardent les chaînes de TF1 en direct, avec le catalogue TF1+, dans le cadre d’un accord de distribution. C’est exactement la logique que décrit Moffett. Netflix assure que le partenariat génère du visionnage supplémentaire.

NBCUniversal, lui, pèse en France surtout par le cinéma. Le groupe y sort ses films en salles via sa propre filiale de distribution, Universal Pictures France. Hors d’Amérique du Nord, Universal a aussi distribué Michael, le film sur Michael Jackson distribué par Lionsgate en Amérique du Nord. Un changement d’actionnaire ne toucherait pas ces sorties : les contrats se négocient pays par pays.

Ce qui reste incertain

  • La durée pendant laquelle NBCUniversal ne pourra pas être vendue sans perdre l’avantage fiscal : elle dépend d’avis fiscaux non publiés.
  • La date exacte de la scission, annoncée pour la mi-2027 sous plusieurs conditions (conseil, fisc, autorisations, financement).
  • L’intérêt réel de Netflix : la société ne s’est jamais exprimée sur NBCUniversal.
  • La valeur de NBCUniversal seul : aucun prix n’a été avancé par une partie concernée.

À surveiller

  • 25 décembre 2026 : les deux matchs NFL de Noël sur Netflix, nouveau test de sa stratégie de location du direct.
  • Mi-2027 : la cotation de NBCUniversal indépendant, point de départ du délai fiscal avant toute vente.

Sources

  1. Comcast — « Comcast Announces Plans to Separate Media and Technology Businesses into Two Leading Public Companies », communiqué du 29 juin 2026 (version publiée sur nbcuniversal.com)
  2. Comcast — résultats du troisième trimestre 2026 (communiqué, pièce 99.1 du formulaire 8-K), 22 octobre 2026
  3. Netflix — « Netflix Declines to Raise Offer for Warner Bros. », déclaration de Ted Sarandos et Greg Peters, 26 février 2026
  4. NBA — « NBA signs new 11-year media agreements with The Walt Disney Company, NBCUniversal and Amazon Prime Video through 2035-36 season », 24 juillet 2024
  5. Comité international olympique — prolongation de l’accord de droits médias avec Comcast NBCUniversal jusqu’en 2036, mars 2025
  6. Reuters (Echo Wang, Dawn Chmielewski, Milana Vinn) — « NBCUniversal may enter video game business after Comcast split, sources say », 29 juin 2026 (version Yahoo Finance)
  7. Variety (Todd Spangler) — « Would Netflix Make a Play for NBCUniversal Post Spin-Off? Why That’s Unlikely to Happen », 30 juin 2026 (version Yahoo Finance)
  8. Awful Announcing (Drew Lerner) — « Analyst predicts Netflix will buy NBCUniversal post-spinoff », 21 octobre 2026 (version Yahoo Finance)
  9. Universal Pictures France — site officiel, consulté le 24 octobre 2026