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Tupac au-delà du mythe : sa légende est un actif

Tupac au-delà du mythe : sept histoires vérifiées, de Baltimore au Madison Square Garden, et une légende que sa succession exploite et défend comme un actif.

Par Joy

· 7 min de lecture, mis à jour le

Tupac au-delà du mythe : sa légende est un actif

Les anecdotes sur Tupac circulent sans source et se déforment à chaque partage. Sa succession, elle, sait ce qu’elles valent : record d’audience pour « Dear Mama », mise en demeure envoyée à Drake pour une voix imitée par IA. Nous avons retenu sept histoires, des planches de Baltimore au Madison Square Garden, en disant pour chacune qui raconte, quand et où.

Trente ans après sa mort, le 13 septembre 1996 à Las Vegas, Tupac Shakur reste l’un des artistes les plus racontés du rap. Le problème, c’est la source. Beaucoup de ces récits viennent d’émissions, de podcasts ou de livres d’entretiens, où la mémoire se mêle à la mise en scène. Voici sept histoires que nous avons pu rattacher à une source, dans l’ordre chronologique.

Avant le micro, la scène

1. Le théâtre d’abord. Selon la notice que lui consacre l’encyclopédie en ligne BlackPast, Tupac joue à 12 ans dans « A Raisin in the Sun » avec le 127th Street Ensemble, à Harlem. À Baltimore, il entre à la Baltimore School for the Arts : il y commence à écrire des raps et des poèmes, joue Shakespeare et décroche un rôle dans « Casse-Noisette ». En juin 1988, sa famille part pour Marin City, en Californie. L’école le compte pourtant parmi sa promotion 1989, celle de l’actrice Jada Pinkett Smith.

2. Roadie avant d’être rappeur. Avant d’enregistrer, Tupac a porté le matériel de Digital Underground. Dans l’histoire orale publiée par Rolling Stone en avril 2017, les membres du groupe d’Oakland racontent qu’il montait la scène lors d’une tournée du printemps 1990 avec Big Daddy Kane, MC Lyte et Heavy D. Le groupe lui offre son premier couplet publié, sur « Same Song », et son premier rôle au cinéma, dans « Nothing but Trouble » (1991). Shock G, son fondateur, y renverse pourtant le récit : c’est Tupac qui les a découverts, assure-t-il, et non l’inverse.

1993, année électrique

3. Renvoyé de « Menace II Society ». La version d’un Tupac quittant de lui-même le film des frères Hughes, par refus d’un rôle trop sage, ne tient pas face au témoignage du principal intéressé. Allen Hughes, qui avait réalisé les clips de « Trapped » et de « Brenda’s Got a Baby », a expliqué à Yahoo Entertainment en avril 2023 qu’il l’avait renvoyé parce que son comportement perturbait trop les répétitions. Tupac s’en est ensuite pris physiquement au réalisateur pendant le tournage d’un clip ; poursuivi, il a passé 15 jours en prison en 1994. Retournement : c’est à Allen Hughes que la succession de Tupac s’est adressée pour réaliser « Dear Mama », série documentaire en cinq épisodes diffusée par FX à partir du 21 avril 2023.

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4. Le freestyle du Madison Square Garden. Octobre 1993, Budweiser Superfest, New York : Big Daddy Kane invite sur scène The Notorious B.I.G., Tupac et le jeune Shyheim. Son DJ, Mister Cee, a raconté à MTV en 2010 qu’il voulait faire venir Biggie pour marquer le coup ; Tupac et Shyheim se trouvaient aussi dans la salle, rapporte Rolling Stone. Mister Cee a enregistré la séquence sur cassette. C’est pour ça qu’elle circule encore, bien après la rupture entre les deux rappeurs.

Des souvenirs à distance

5. Le conseil à Keyshia Cole. Invitée de l’émission Drink Champs, la chanteuse d’Oakland a raconté, selon Revolt, que Tupac l’avait dissuadée de rapper, jeune fille, pour qu’elle se consacre au chant. Le lien a survécu au rappeur : son album « A Different Me » (2008) contient une apparition de Tupac, et « Playa Cardz Right », crédité à Keyshia Cole avec 2Pac, figure dans l’historique des classements du Billboard Hot 100.

6. Une histoire de seconde main. En juillet 2023, will.i.am a raconté à DJ Whoo Kid, selon Vibe, comment Tupac avait attiré à sa table la petite amie d’apl.de.ap, son partenaire des Black Eyed Peas, au restaurant Roscoe’s Chicken & Waffles. Détail qui compte : le chanteur précise n’avoir lui-même jamais eu d’interaction avec Tupac. Récit rapporté, sans date vérifiable, il renseigne davantage sur l’aura du rappeur que sur l’homme.

7. « Dear Mama » au patrimoine américain. Le 23 juin 2010, la Bibliothèque du Congrès a annoncé l’entrée de « Dear Mama » (1995) au National Recording Registry, qui conserve les enregistrements jugés importants pour la culture américaine. Elle y salue un hommage aux mères qui luttent pour survivre. Le morceau est dédié à Afeni Shakur, militante des Black Panthers acquittée en 1971 après avoir assuré sa propre défense, selon Biography.com.

Archives contre souvenirs

Ces sept histoires n’ont pas le même poids. Les archives, comme le registre de la Bibliothèque du Congrès ou les classements Billboard, se vérifient. Les souvenirs des proches, recueillis parfois trente ans après les faits, restent des témoignages : Allen Hughes raconte un conflit dont il a aussi été la victime, Keyshia Cole un souvenir de jeunesse, will.i.am une scène à laquelle il n’a pas assisté. Et la succession de Tupac, qui a sollicité le réalisateur de « Dear Mama », tient elle aussi la plume de la légende.

Notre lecture — Tupac a créé l’œuvre ; trente ans plus tard, ce sont ses ayants droit qui en orientent le récit. Documentaires autorisés, morceaux posthumes, entrées au patrimoine : chaque histoire racontée entretient la valeur du catalogue et de la marque. Ce n’est pas une raison de se méfier de tout. C’est une raison de séparer ce qui est documenté de ce qui est raconté, parce que le récit, ici, a des intérêts derrière lui.

Une mémoire sous protection

Cette mémoire a une valeur mesurable, et ses ayants droit la défendent. En avril 2023, « Dear Mama », la série documentaire d’Allen Hughes consacrée à Tupac et à sa mère, a signé sur FX et Hulu la meilleure première de l’histoire de la chaîne pour une série non scénarisée, selon Disney, qui n’a pas publié de chiffre précis, rapporte TheWrap. Un an plus tard, l’avocat de la succession, Howard King, a sommé Drake de retirer en moins de 24 heures « Taylor Made Freestyle », dont un couplet imitait la voix de Tupac grâce à l’IA. La lettre, révélée par Billboard le 24 avril 2024, invoquait le droit californien qui protège l’exploitation de la personnalité et relevait que le titre avait déjà largement dépassé le million d’écoutes. La légende se partage. Sa voix, non.

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Joy La Versus

Manageuse artistique depuis plus de quinze ans, Joy La Versus décrypte pour OHMAZIN le business du rap et de la musique : labels, deals, carrières.

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