Accueil/Deals & Business

À la une · Deals & Business

Wave : le 1 % qui a fait plier Orange

Transferts à 1 %, retraits gratuits : Wave a cassé les prix du mobile money en Afrique de l’Ouest et pris environ 80 % du marché sénégalais à Orange. Reste une question : comment gagner de l’argent avec un prix aussi bas ?

Par Waymar

· 7 min de lecture

Trois salariés de Wave sourient devant le pingouin, mascotte de la marque, peint sur un mur de leurs bureaux.
Dans les bureaux de Wave, devant le pingouin de la marque. Wave · Photo officielle Wave, tous droits réservés

Ce que le client voit : un tarif qui tient en un chiffre

Wave a bâti son succès sur une règle simple : déposer et retirer de l’argent ne coûte rien, envoyer coûte 1 %. Lancée au Sénégal en 2018 puis en Côte d’Ivoire en 2019 par deux Américains, Drew Durbin et Lincoln Quirk, l’application a attaqué un marché où les opérateurs télécoms facturaient bien plus cher. Avant la contre-attaque d’Orange, ses frais de retrait dépassaient en moyenne 3 %, selon un porte-parole de l’opérateur cité par Rest of World.

En septembre 2021, Wave lève 200 millions de dollars auprès de Sequoia Heritage, Founders Fund, Stripe et Ribbit Capital. Valorisation : 1,7 milliard de dollars. C’est la première licorne d’Afrique francophone, rapportait TechCrunch.

Qui paie : l’expéditeur, et les agents

Le modèle repose sur le volume. Chaque transfert rapporte 1 % à Wave, et la société mise sur des millions d’opérations quotidiennes plutôt que sur une grosse marge par client. « 1 % de tous les paiements d’une économie, ce n’est pas une activité non rentable », résumait en 2022 Rashmi Pillai, alors responsable des politiques publiques de Wave.

Un client en tee-shirt Wave paie avec son téléphone au guichet grillagé d’un agent, au Sénégal.
Chez un agent Wave : le cash devient argent numérique.Wave · Photo officielle Wave, tous droits réservés

L’autre face du prix bas, ce sont les agents, ces commerçants qui changent le cash en argent numérique. Moins de frais, c’est moins de commissions. Un agent de Dakar racontait être passé d’environ 15 000 francs CFA par jour avec Orange Money à 6 000 avec Wave. En Côte d’Ivoire, des agents ont fait grève en août 2022 après une baisse de leurs commissions.

Sur le même sujetDeals & BusinessRevolut veut faire entrer ses clients avant l’IPO28 oct. · 7 min

Le prix de la croissance

Cette stratégie a coûté cher. En 2020, le cofondateur Lincoln Quirk reconnaissait que Wave n’était pas rentable et en restait « probablement à des années ». En juin 2022, l’entreprise supprime environ 15 % de ses effectifs, près de 300 postes, surtout au Mali, au Burkina Faso et en Ouganda, pour se recentrer sur le Sénégal et la Côte d’Ivoire.

Orange, de son côté, a dû suivre. En 2021, l’opérateur baisse ses frais à 0,8 % sur les transferts et rend les retraits gratuits, tout en jugeant qu’un tarif de 1 % ou 0,8 % « n’est pas un prix soutenable » sur ces marchés. Un ancien dirigeant d’Orange Afrique comparait alors Wave à Amazon : brûler du cash pour tuer la concurrence.

La bascule : la part de marché

Quatre ans plus tard, le pari se lit dans les chiffres. Selon le rapport annuel de la BCEAO sur les services financiers numériques, publié en janvier 2026, le mobile money a brassé 160 415 milliards de francs CFA en 2024 dans les huit pays de l’UEMOA. Wave y pèse 38,2 % de la valeur des transactions, à trois points d’Orange Money.

Au Sénégal, la bataille est presque pliée. Fin août 2026, Wave détenait 459 milliards de francs CFA de monnaie électronique sur les 571 milliards en circulation, soit environ 80 %, d’après les données de la Commission bancaire de l’UMOA relayées par Senego. Orange Money Sénégal revendique 106 milliards.

En juin 2025, Wave a emprunté 117 millions d’euros, environ 137 millions de dollars, auprès de Rand Merchant Bank, de British International Investment, de Norfund et de Finnfund. Il revendiquait alors plus de 20 millions d’utilisateurs actifs chaque mois, environ 150 000 agents et 3 000 salariés dans huit pays.

Où se trouve la marge aujourd’hui

En Côte d’Ivoire, Wave affirme désormais fonctionner sur un modèle rentable. Lors d’une présentation le 29 avril 2026, l’entreprise a déclaré avoir payé environ 50 milliards de francs CFA d’impôts au titre de 2025 et ouvert plus de 21 millions de comptes dans le pays. Elle y a demandé une licence bancaire, en cours d’examen, et l’autorisation de vendre du crédit téléphonique dans son application.

La suite du modèle est là : vendre plus de services à des clients déjà captés. Au Sénégal, Wave prépare des offres de crédit, d’épargne et d’assurance, et propose déjà des billets électroniques pour le BRT et le TER de Dakar, ainsi qu’une carte virtuelle Visa pour payer en ligne, selon son directeur général local.

Les risques : l’État, Orange et le régulateur

Le premier risque vient de l’État. Depuis le 17 décembre 2025, le Sénégal prélève une taxe de 0,5 % sur les transferts d’argent par mobile money, plafonnée à 2 000 francs CFA par opération, en plus des frais des opérateurs. Pour un service qui vend un prix bas, chaque taxe ajoutée réduit l’écart avec les concurrents.

Le deuxième vient d’Orange, qui reste en tête sur l’ensemble de l’UEMOA et dispose d’un réseau d’agents très dense. Le troisième, enfin, est réglementaire : l’entrée dans la banque, avec le crédit et l’épargne, impose des fonds propres et un contrôle plus strict que la simple monnaie électronique.

Et en France ?

La France est le premier point de départ de l’argent envoyé au Sénégal depuis l’Europe, car elle accueille la plus grande diaspora sénégalaise du continent. Wave n’y a pas lancé sa propre application d’envoi : il reçoit l’argent par des partenaires comme Remitly, Western Union, Ria ou MoneyGram, qui proposent un dépôt direct sur un compte Wave.

Le grand perdant de l’histoire est aussi français : Orange. Le groupe a longtemps dominé le mobile money en Afrique de l’Ouest. Il voit aujourd’hui une start-up américaine née à Dakar lui reprendre le Sénégal et le talonner sur toute la zone.

Notre lecture — Wave n’a pas inventé le mobile money, il en a cassé le prix. Le 1 % a servi d’arme pour prendre le volume, quitte à perdre de l’argent et à fâcher les agents pendant des années. Maintenant que la part de marché est acquise, surtout au Sénégal, la rentabilité ne viendra plus du transfert seul mais de tout ce qui se vend autour : crédit, épargne, crédit téléphonique, paiements. Le vrai test commence avec la licence bancaire : passer du portefeuille bon marché à la banque du quotidien, sous l’œil de l’État et d’Orange.

Ce qui reste incertain

Wave ne publie ni son chiffre d’affaires ni ses bénéfices. La rentabilité annoncée en Côte d’Ivoire est une déclaration de l’entreprise, sans comptes publiés. Les revenus que Wave tire de l’argent laissé sur ses comptes ne sont pas connus. Enfin, la valorisation de 1,7 milliard de dollars date de 2021 et n’a pas été actualisée publiquement.

À surveiller

  • La décision sur la licence bancaire demandée par Wave en Côte d’Ivoire.
  • Le lancement du crédit, de l’épargne et de l’assurance au Sénégal.
  • Le prochain rapport de la BCEAO, avec les chiffres 2025 : Wave peut-il dépasser Orange Money sur toute l’UEMOA ?

Sources

  1. Wave — page « À propos » (photo officielle, équipe dirigeante), consultée le 3 novembre 2026
  2. Rest of World — « How Wave is disrupting Francophone Africa’s mobile money market », 7 septembre 2022
  3. TechCrunch — « Sequoia Heritage, Stripe and others invest $200M in African fintech Wave at $1.7B valuation », 6 septembre 2021
  4. Launch Base Africa — « The $267bn crown: Wave edges closer to dethroning Orange in West Africa » (d’après le rapport annuel 2024 de la BCEAO sur les services financiers numériques), 24 mars 2026
  5. Launch Base Africa — « Fintech unicorn Wave secures $137 million in debt funding », 30 juin 2025
  6. Senego — « Mobile Money au Sénégal : Wave écrase la concurrence avec 80 % du marché » (données de la Commission bancaire de l’UMOA), 28 août 2026
  7. Financial Afrik — « Wave Côte d’Ivoire déclare avoir versé 81,97 millions de dollars d’impôts en 2025 », 4 mai 2026
  8. Ndarinfo — « Wave : 38 millions de comptes, crédit, épargne et assurance en préparation » (entretien d’El Hadji Malick Gueye), 18 février 2026
  9. Senego — « Sénégal : la nouvelle taxe de 0,5 % sur les transferts d’argent entre en vigueur », décembre 2025
  10. Remitly — envoi d’argent depuis la France vers un compte Wave au Sénégal, consulté le 3 novembre 2026
Business
Waymar

Fondateur d’OHMAZIN. Entrepreneur et créatif, Waymar signe les articles du média sur les deals, les marques, le cinéma et les séries, le sport business, la tech et les sneakers.

Dans le radar

Tout le fil →
La newsletter OHMAZIN

Un temps d’avance.

Le brief hebdo des créateurs qui monétisent l’IA dans la musique et le business créatif. Chaque dimanche à 9 h : le signal, l’outil, la stratégie et les opportunités de la semaine.

S’abonner sur SubstackGratuit. Sans engagement. Tout sur le brief

QU’EST-CE QUI VOUS INSPIRE ?

279 articles et actualités à explorer.