La Formule 1 revient en Afrique pour la première fois depuis 1993 : elle a signé mardi pour dix ans avec le Rwanda. Le « Formula 1 African Grand Prix, presented by Visit Rwanda » se courra à Bugesera, à une quarantaine de kilomètres au sud de Kigali, sur un circuit qui n’existe pas encore. Ni la date de la première course, ni le prix payé par le Rwanda, ni le coût du chantier n’ont été publiés. Le premier départ est attendu « au début de la prochaine décennie », selon F1, et pas avant 2030, selon Autosport. [1][4]
Un contrat de dix ans signé, un circuit encore sur plan
L’annonce a été faite mardi matin à Kigali, lors d’une conférence de presse réunissant le président rwandais Paul Kagame, le président-directeur général de F1, Stefano Domenicali, et le président de la FIA, Mohammed Ben Sulayem. Le communiqué de F1 parle d’un accord « historique » de dix ans. La première course aura lieu une fois le nouveau circuit de Bugesera achevé, ce qui est « attendu au début de la prochaine décennie ». F1 promet de communiquer « en temps voulu » la date inaugurale et les étapes du chantier. [1][4]
Le site est précis. Le circuit sera construit à environ 40 kilomètres au sud de Kigali, à côté du nouvel aéroport international, aux normes FIA de grade 1, celles qu’exige la Formule 1. Il s’inscrit dans un projet plus large de sport, de tourisme, d’infrastructures et de développement commercial piloté par le Rwanda Development Board, et doit accueillir toute l’année d’autres courses, des événements et des conférences. Le tracé final est encore à l’étude : il est dessiné par WurzDesign, le bureau de l’ancien pilote Alex Wurz, avec Tilke Engineers and Architects, auteur notamment du circuit de Sepang, en Malaisie. [1][2]
Les détails techniques viennent de la presse spécialisée, pas du communiqué. Selon Autosport, la piste mesurera 6 kilomètres, comptera 17 virages, tournera dans le sens inverse des aiguilles d’une montre et offrira au moins 197 mètres de dénivelé par tour. Le même média situe la première édition en 2030 au plus tôt, selon l’avancement des travaux. [4]

ANALYSE OHMAZIN — Ce qui est confirmé tient en trois points : un contrat de dix ans, un lieu et un partenaire titre. Le reste, de la date au tracé, reste à venir. Dans la Formule 1, un Grand Prix se signe souvent bien avant que le premier mètre d’asphalte ne soit coulé ; le calendrier réel dépendra du chantier de Bugesera, pas du communiqué.
Le prix d’un Grand Prix reste un secret bien gardé
Combien le Rwanda paiera-t-il ? Personne ne l’a dit. Ni F1, ni le gouvernement rwandais, ni le Rwanda Development Board n’ont publié le droit d’organisation, ces sommes que chaque pays ou promoteur verse à F1 pour accueillir une course. Le coût de construction du circuit et son financement ne sont pas publiés non plus. [1][3][4]
Les comptes de Liberty Media, propriétaire de la Formule 1, donnent l’ordre de grandeur. En 2025, F1 a réalisé 3,873 milliards de dollars de chiffre d’affaires, en hausse de 14 %, pour 24 Grands Prix. Les droits d’organisation en représentaient 26,7 %, contre 31,3 % pour les droits de diffusion et 21,7 % pour le sponsoring. Selon Liberty Media, cette ligne a progressé « principalement » grâce aux hausses de tarifs prévues dans les contrats. [7]
ANALYSE OHMAZIN — Rapporté aux 24 courses, ce poste pèse un peu plus d’un milliard de dollars, soit environ 43 millions par Grand Prix en moyenne : c’est un calcul d’OHMAZIN, pas un tarif. La moyenne mélange des contrats anciens et récents, et le Grand Prix de Las Vegas, organisé par F1 elle-même. Elle ne dit rien du contrat rwandais, mais elle rappelle qu’un pays hôte paie deux fois : le droit d’entrer au calendrier, puis le circuit.
Pour Liberty Media, l’Afrique est le dernier continent à conquérir
Pour F1, l’argument est géographique. « Avec l’arrivée du Rwanda au calendrier à partir de la prochaine décennie, notre sport courra sur tous les continents habités », a déclaré Stefano Domenicali. F1 revendique plus de 100 millions de fans en Afrique, dont près de 60 % de moins de 35 ans dans les principaux marchés d’Afrique subsaharienne. La méthode de calcul de ces chiffres n’est pas publiée. [1]
Le Rwanda deviendra le troisième pays africain à accueillir une manche du championnat, après l’Afrique du Sud et le Maroc, qui avait organisé une course près de Casablanca en 1958, rappelle Reuters. La dernière course africaine s’est disputée en 1993 à Kyalami, au nord de Johannesburg. L’Afrique du Sud reste candidate : son ministre des Sports, Gayton Mackenzie, a salué le succès rwandais tout en jugeant qu’un continent de 55 pays ne devait pas se limiter à une seule course. [1][3]
Reste à trouver une place. Le calendrier 2027 compte déjà 24 Grands Prix. Selon Sky Sports, le Portugal revient avec un contrat de deux ans, Mexico et Singapour ne sont engagés que jusqu’en 2028, et le Japon jusqu’en 2029. BlackBook Motorsport compte seulement quatre courses dont le contrat expire avant la saison 2030. Lewis Hamilton, qui milite depuis des années pour un Grand Prix africain, a encore plaidé pour l’Afrique avant le Grand Prix de Singapour, remporté par Max Verstappen le week-end dernier. [2][5][6]
ANALYSE OHMAZIN — Pour Liberty Media, le Rwanda n’ajoute pas une course de plus : il en remplace probablement une. Avec un calendrier déjà plein à 24 dates, chaque nouveau venu met les anciens en concurrence. Un pays prêt à signer pour dix ans et à bâtir un circuit neuf renforce la main de F1 dans toutes ses renégociations.
Le Rwanda achète une vitrine mondiale pour son tourisme et ses investissements
Paul Kagame présente l’accord comme un investissement. « Ce partenariat de dix ans est aussi un investissement dans l’avenir du Rwanda », a-t-il déclaré, en promettant que le circuit, associé au nouvel aéroport, apportera « des emplois, des compétences, du tourisme et de nouvelles affaires » au pays et à la région. Le président rwandais avait annoncé la candidature en décembre 2024, quand Kigali accueillait l’assemblée générale et la remise des prix de la FIA. [1][3][5]
La Formule 1 couronne une stratégie construite événement après événement : les championnats du monde de cyclisme sur route UCI en 2025, la Basketball Africa League, le congrès de la FIFA en 2023, la remise des prix de la FIA en 2024. Dans le football, la marque Visit Rwanda s’affiche depuis l’été sur le maillot d’Aston Villa, pour 20 millions de livres par saison sur plusieurs années, selon Sky Sports. Arsenal a mis fin à son contrat de huit ans à la fin de la saison dernière ; le PSG a prolongé le sien jusqu’en 2028 ; le Bayern a arrêté le partenariat commercial mais conservé un projet d’académie dans le pays. [1][3][5]
Ces contrats sont contestés. Amnesty International a dénoncé un « sportswashing » à propos de l’accord avec Aston Villa, rapportent Sky Sports et BlackBook Motorsport. Selon Reuters, Paul Kagame est accusé de réprimer ses opposants et de soutenir le groupe rebelle M23 dans l’est de la République démocratique du Congo ; Kigali affirme que sa présence dans ce pays est défensive, selon BlackBook Motorsport. La ministre congolaise des Affaires étrangères avait écrit à Stefano Domenicali pour demander à F1 d’éviter une « association tachée de sang ». [3][5][6]
ANALYSE OHMAZIN — Pour Kigali, le Grand Prix n’est pas une dépense de sponsoring comme un maillot de football : c’est la pièce maîtresse d’un quartier neuf autour d’un aéroport. Son rendement dépendra moins des trois jours de course que de ce que le site attirera le reste de l’année. C’est le pari que fait le Rwanda Development Board, et il ne se mesurera qu’après l’ouverture.
Marques et diffuseurs : un public de 100 millions de fans revendiqués, aucun contrat annoncé
Pour l’instant, une seule marque est attachée à la course : Visit Rwanda, l’office de tourisme du pays, en partenaire titre. Aucun accord de diffusion propre à l’Afrique, aucun sponsor de l’événement et aucune billetterie ne sont annoncés. Le communiqué de F1 évoque seulement des retombées pour le tourisme, l’investissement et les entreprises locales. [1][6]
L’enjeu commercial se lit dans les comptes de Liberty Media : en 2025, les droits de diffusion et le sponsoring ont pesé ensemble 53 % des revenus de F1. Une course en Afrique donne à F1 un argument nouveau auprès des chaînes et des annonceurs du continent, à condition que les 100 millions de fans revendiqués se transforment en audiences mesurées. [1][7]
ANALYSE OHMAZIN — Le public jeune mis en avant par F1 est précisément celui que visent les marques de boissons, de télécoms, de mode ou de paiement en Afrique. Mais avec une première course au plus tôt en 2030, le marché s’ouvrira à un horizon de plusieurs années : d’ici là, l’accord vaut surtout comme signal, pour F1 comme pour ses partenaires.
Ce qu’on ne sait pas
Le droit d’organisation, le coût du circuit, son financement et le calendrier des travaux ne sont pas publiés. La date de la première course n’est pas fixée : F1 parle du « début de la prochaine décennie », Autosport de 2030 au plus tôt. Le tracé est encore en cours de conception, et les caractéristiques avancées par Autosport n’apparaissent pas dans le communiqué officiel. Le chiffre de 100 millions de fans africains est celui de F1. [1][2][4]
Prochaine étape : le calendrier du chantier de Bugesera, que F1 promet « en temps voulu ». Tant qu’il n’est pas publié, le retour de la Formule 1 en Afrique a une signature, pas encore de date.
Sources
- Formula 1 — « Formula 1 returns to Africa with 10-year agreement to race in Rwanda », communiqué officiel avec les déclarations de Stefano Domenicali, Paul Kagame et Mohammed Ben Sulayem, 13 octobre 2026
- Formula 1 — « Everything we know about F1’s all-new race in Rwanda », Lawrence Barretto, 13 octobre 2026
- Reuters, repris par CNBC Africa — « Rwanda to bring F1 back to Africa for first time since 1993 », Kigali, 13 octobre 2026
- Autosport — « F1 signs historic 10-year Rwanda deal to host African Grand Prix », Filip Cleeren, 13 octobre 2026
- Sky Sports — « Formula 1: Rwanda to join calendar in the early 2030s as African Grand Prix host after 10-year agreement for return to continent », 13 octobre 2026
- BlackBook Motorsport — « F1 returns to Africa with ten-year deal to race in Rwanda », Cian Brittle, 13 octobre 2026
- Liberty Media — « Liberty Media Corporation Reports Fourth Quarter and Year End 2025 Financial and Operating Results », communiqué de résultats, 26 février 2026




