Le label qui finance un enregistrement en garde la propriété ; l'artiste qui le paie lui-même conserve son master et touche bien davantage. Contrat d'artiste, licence, distribution ou « 360 » : le mot inscrit en tête du contrat fixe la propriété des enregistrements, le partage de l'argent et la durée de l'engagement. Ce guide ouvre chaque contrat, avec les fourchettes publiques disponibles en France et un tableau comparatif.

Neuf albums diamant sur dix sont du rap : le genre est le premier concerné

En 2025, neuf des dix albums certifiés diamant en France étaient des albums de rap produits en France, selon le bilan du SNEP [3]. Derrière ces disques, les montages contractuels changent d'un artiste à l'autre : qui a payé le studio, qui possède les bandes, qui touche quoi sur scène. Notre article « Label ou indépendance » posait le choix selon le stade de carrière ; ce guide ouvre chaque contrat, jusqu'au 360 et à l'édition.

En contrat d'artiste, le label paie l'enregistrement et en possède le master

Le contrat d'artiste, ou contrat d'enregistrement exclusif, fait du label le producteur. Il finance l'enregistrement et devient titulaire des droits sur les masters ; l'artiste lui cède ses droits voisins [4]. La rémunération a deux étages : des cachets, au titre du volet salarial, et des redevances proportionnelles, au titre des droits [4]. Une étude de l'agence Phare de 2019, citée par Actu-Juridique, situait ces redevances entre 8 et 12 %, avant abattements [5]. En 2026, un avocat parisien évoque une fourchette de 5 à 12 % des recettes nettes [4].

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Le streaming a désormais un plancher. L'accord du 12 mai 2022, rendu obligatoire par arrêté au 1er juillet 2022, impose au moins 10 % quand le producteur est son propre distributeur, 11 % pendant une période d'abattement [6]. Les abattements ne peuvent pas réduire le taux de plus de 50 %, et ceux liés à la publicité ne peuvent durer plus de neuf mois consécutifs sur un même album [6]. L'avance minimale est de 1 000 euros brut par album inédit, 500 euros pour les très petites entreprises [1] ; le label la récupère sur les sommes dues à l'artiste, hors cachets [6]. Ce contrat convient à l'artiste qui a besoin de financement et d'une équipe, et qui accepte en échange de céder la propriété de ses enregistrements.

En licence, l'artiste produit et garde son master, le label exploite

La licence inverse la logique. L'artiste ou sa structure finance l'enregistrement et reste propriétaire du master ; il concède au label le droit de l'exploiter et garde ainsi la maîtrise de ses enregistrements [5]. La même étude Phare situait la part de l'artiste indépendant en licence entre 25 et 28 % [5]. Le plancher suit : si un producteur exploite ses enregistrements via une licence exclusive, l'artiste qu'il a signé doit toucher au moins 28 % des sommes nettes perçues en streaming, sans abattement [6]. Ce contrat vise un artiste déjà structuré, capable de financer ses sessions et de négocier la durée de la licence.

Un ingénieur du son, de dos, devant une grande console de mixage dans la cabine de contrôle d'un studio d'enregistrement, encadré par deux enceintes de monitoring, face à la vitre donnant sur la salle de prise
La cabine de contrôle d'un studio d'enregistrement professionnel, en novembre 2004. Photo d'illustration. Crédit : Tom Harpel / Wikimedia Commons, CC BY 2.0 ; recadrage et conversion WebP.Tom Harpel — Wikimedia Commons · CC BY 2.0 — recadrage 16:9 et conversion WebP

En distribution, l'artiste garde ses masters et en assume tous les coûts

Le contrat de distribution laisse à l'artiste la propriété et le financement : il paie fabrication et promotion, et le distributeur place les titres dans les magasins physiques et numériques [5]. Deux modèles coexistent. Le libre-service fonctionne à l'abonnement : DistroKid annonce 24,99 dollars par an pour l'offre de base et le reversement de 100 % des revenus [7] ; TuneCore vend des formules de 24,99 à 54,99 dollars par an et prélève 20 % sur les revenus de TikTok, Instagram, Facebook et YouTube [8]. Les distributeurs avec services vendent plus qu'un accès aux plateformes : IDOL met en avant marketing, gestion de label et financement de projets [9], Believe se présente comme une société de développement d'artistes [10]. Leurs conditions financières ne figurent pas sur leurs sites.

Le 360 prélève aussi sur la scène, le merchandising et les marques

Le 360 étend l'accord aux autres revenus de l'artiste : concerts, merchandising, partenariats de marque, édition. Actu-Juridique en distingue deux versions. Dans le 360 « actif », le producteur obtient l'exclusivité de ces activités ; dans le 360 « passif », il perçoit seulement une part des revenus générés par des tiers [5]. Soundcharts évalue cette part entre 10 et 25 % des revenus nets hors enregistrement [2]. Le cas d'école date de 2007 : Madonna signe avec l'organisateur de concerts Live Nation un accord de dix ans couvrant albums, tournées, merchandising, fan-club et sponsoring, évalué à environ 120 millions de dollars selon une source anonyme citée par l'AP [11].

L'édition partage la chanson en trois tiers à la Sacem

L'édition porte sur la chanson elle-même, texte et musique, pas sur l'enregistrement. Par un contrat de cession et d'édition, auteur et compositeur cèdent leurs droits à un éditeur, qui doit exploiter et promouvoir l'œuvre ; le beatmaker en fait partie lorsqu'il est crédité comme compositeur [12]. Pour une œuvre éditée, la Sacem répartit les droits d'exécution publique à parts égales : un tiers pour l'auteur, un tiers pour le compositeur, un tiers pour l'éditeur. Pour la reproduction mécanique liée aux diffusions, l'éditeur peut recevoir 50 % [12]. Le Code des usages signé le 4 octobre 2017 [13] impose une reddition des comptes deux fois par an et une clause d'audit. Il interdit aussi à l'auteur d'accepter qu'un tiers, par exemple un producteur, se fasse reverser une partie de la part de son éditeur [14]. Tout 360 qui touche à l'édition doit être relu sur ce point.

Les contrats de la musique en un coup d'œil (fourchettes publiques, à vérifier contrat par contrat)
ContratQui finance l'enregistrementQui possède le masterRémunération de l'artistePour qui
Contrat d'artisteLe labelLe label8 à 12 % avant abattements (étude 2019) ; plancher streaming de 10 % [5][6]Artiste qui a besoin de financement et d'une équipe
LicenceL'artiste ou sa structureL'artiste25 à 28 % (étude 2019) [5]Artiste structuré qui finance ses enregistrements
Distribution en libre-serviceL'artisteL'artisteJusqu'à 100 % des revenus des magasins, contre abonnement [7]Projet autonome, sortie rapide
Distribution avec servicesL'artiste, parfois avec un financementL'artisteConditions financières non publiéesArtiste ou label indépendant qui veut du marketing
360Selon le contrat de baseSelon le contrat de base10 à 25 % du net hors enregistrement prélevés par le label [2]Projet à fort potentiel scène et marque
ÉditionSans objet (porte sur l'œuvre)Sans objetExécution publique : 1/3 auteur, 1/3 compositeur, 1/3 éditeur [12]Auteurs, compositeurs, beatmakers

L'assiette du taux pèse plus lourd que le taux lui-même

Un taux ne vaut que par son assiette : sommes brutes ou nettes, abattements, dépenses déductibles. Viennent ensuite la durée et le nombre d'albums dus, la propriété et le retour des masters, le périmètre exact d'un éventuel 360, la récupération de l'avance, les comptes et le droit d'audit. L'accord de 2022 ouvre aussi la possibilité d'un taux majoré au-delà d'un seuil d'écoutes fixé par le contrat [6]. Reste un facteur que le contrat n'écrit pas. Le choix de l'entourage pèse autant que celui du contrat.

Les taux réellement signés en France ne sont pas publics

Les fourchettes de redevances les plus citées reposent sur une étude de 2019 ; nous n'avons trouvé aucune donnée publique plus récente sur les taux réellement signés en France. Les commissions des distributeurs avec services et les parts prélevées dans les 360 français ne sont pas publiées. Prochaine échéance : l'accord de 2022, conclu pour cinq ans [6], devra être renégocié ou prolongé. Au 9 octobre 2026, nous n'avons trouvé aucune annonce publique sur sa suite.

Sources

  1. Ministère de la Culture — communiqué « Rémunération minimale au titre du streaming », 2 juillet 2022
  2. Soundcharts — « Qu'est-ce qu'un Contrat 360 ? Définition & Guide », 30 janvier 2026
  3. Charts in France (Purecharts) — Julien Goncalves, « Marché de la musique en France : les 10 infos à retenir du bilan 2025 du SNEP », 18 mars 2026
  4. SWIM Legal — Jullian Hoareau (avocat au barreau de Paris), « Contrats d'artistes : salariat, droits voisins et rémunération », 2026
  5. Actu-Juridique — Johanna Bacouelle, « L'évolution des contrats des artistes de la musique », 7 février 2020
  6. Actu-Juridique — Johanna Bacouelle, « Accord sur le streaming musical : la reconnaissance d'une garantie de rémunération minimale au profit des artistes », 13 octobre 2022
  7. DistroKid — page « Pricing », consultée le 9 octobre 2026
  8. TuneCore — page « Pricing », consultée le 9 octobre 2026
  9. IDOL — site officiel (présentation des services), consulté le 9 octobre 2026
  10. Believe — site officiel (présentation des services), consulté le 9 octobre 2026
  11. Pollstar — « One Nation Under Madonna », 16 octobre 2007
  12. Sacem — « Guide pratique : l'éditeur et l'éditrice dans ses relations avec la Sacem » (PDF), consulté le 9 octobre 2026
  13. Ministère de la Culture — communiqué « Françoise Nyssen salue la signature du Code des usages et bonnes pratiques de l'édition musicale », 6 octobre 2017
  14. SNAC — « Code des usages et des bonnes pratiques de l'édition des œuvres musicales » (texte signé le 4 octobre 2017)