Un bouton, quatre morceaux
Chez YouTube, une musique de fond peut coûter une vidéo. Le système Content ID compare chaque mise en ligne aux œuvres déclarées par les ayants droit. Quand il reconnaît un morceau, une revendication tombe. Depuis le 3 novembre, YouTube étend à la plupart des pays une parade d’un genre nouveau : remplacer le morceau par une musique que la plateforme compose elle-même.
Le bouton s’appelle « Créer ». Il se trouve dans l’onglet Suggestions de l’outil « Remplacer le titre », réservé aux revendications audio. YouTube génère quatre pistes instrumentales libres de droits. Le créateur les écoute, consulte leurs informations de licence, peut les télécharger en MP3, puis en glisse une à la place du morceau revendiqué, détaille la page d’aide de YouTube.
Une fois toute la musique revendiquée remplacée, la revendication est supprimée de la vidéo. Il n’est pas possible d’écrire sa propre consigne pour orienter le morceau : pour obtenir d’autres propositions, il faut recharger la page et cliquer de nouveau. Pas de voix non plus. Pour l’instant, l’outil ne fabrique que de la musique d’accompagnement, et seulement sur ordinateur.
De mai à novembre
L’idée n’est pas neuve. Début mai, Rene Ritchie, chargé des relations avec les créateurs chez YouTube, la présentait dans une vidéo : les créateurs installés aux États-Unis pouvaient déjà générer ces instrumentaux dans l’éditeur de YouTube Studio, rapportait Complete Music Update. Le test se limitait alors à l’ordinateur, avec un déploiement plus large promis pour « plus tard cette année », selon Tubefilter.

C’est chose faite. Dans un message publié le 3 novembre sur le forum d’aide de YouTube, l’équipe de la plateforme a ouvert la fonction aux créateurs de « la plupart des pays en dehors de l’Espace économique européen », avec des pistes de trois minutes chacune, relève le site spécialisé PPC Land. Une version mobile n’est pas encore disponible.
Rendre l’argent au créateur
L’enjeu se lit dans les règles de Content ID. Selon les réglages choisis par l’ayant droit, une revendication peut bloquer la vidéo, la suivre ou la monétiser : des publicités sont alors diffusées au profit de l’ayant droit, qui partage « parfois » les revenus avec le créateur. Pour la musique, « Monétiser » est la règle la plus courante, précise YouTube.
Pour les formats courts, c’est plus brutal. Un Short d’une à trois minutes qui porte une revendication active est bloqué, quelle que soit la règle choisie. Remplacer le morceau, c’est donc récupérer une audience perdue ou des revenus partis ailleurs.
Il y a des limites. Une modification enregistrée ne peut plus être annulée depuis juin 2025. Et une chaîne qui n’est pas dans le Programme Partenaire YouTube peut ne pas réussir à enregistrer ses changements si la vidéo dépasse 100 000 vues.
Et en France ?
La France fait partie de l’Espace économique européen. La version française de l’aide de YouTube le dit sans détour : la piste générée est « disponible dans la plupart des pays en dehors de l’Espace économique européen ». Un créateur français qui reçoit une revendication garde trois options : choisir un titre dans la bibliothèque audio de YouTube, couper le son du morceau, ou supprimer le passage.
YouTube n’explique pas cette exclusion. Le contexte européen est plus serré sur la musique et l’IA. En France, la Sacem exige depuis octobre 2023 que toute entreprise qui entraîne des outils d’intelligence artificielle sur les œuvres de son répertoire lui demande une autorisation préalable, pour garantir la rémunération des auteurs et compositeurs. Rien ne permet d’affirmer que ce cadre explique l’absence du bouton chez nous.
Notre lecture — Avec ce bouton, YouTube devient son propre fournisseur de musique de fond. Chaque morceau généré qui remplace un titre revendiqué fait sortir un ayant droit du partage des revenus de la vidéo. Pour le créateur, c’est un sauvetage rapide. Pour les labels, les éditeurs et les bibliothèques de musique libre de droits par abonnement, c’est un concurrent installé au cœur de l’outil où se règlent les litiges. Que l’Europe en soit tenue à l’écart, sans explication, laisse une question ouverte : la musique générée y reste-t-elle un risque juridique que YouTube ne veut pas encore prendre ?
Ce n’est pas le premier pas de YouTube sur ce terrain. YouTube Music a déjà commencé à étiqueter les chansons faites principalement avec l’IA, et la plateforme multiplie les outils pour éviter qu’une chaîne perde sa monétisation sur un incident, comme le sursis de 30 jours testé pour les chaînes fermées.
Ce qui reste incertain
YouTube ne nomme pas le modèle qui compose ces instrumentaux et reste discret sur les données qui ont servi à l’entraîner, relevait Complete Music Update en mai. Les conditions exactes de la licence ne sont visibles que dans l’outil. Aucune date n’est donnée pour l’Espace économique européen ni pour l’application mobile.
À surveiller
- L’arrivée du bouton « Créer » dans l’Espace économique européen, dont la France : aucune date annoncée au 4 novembre 2026.
- La version mobile de l’éditeur de droits d’auteur, annoncée par YouTube sans calendrier.
Sources
- YouTube (aide) — « Supprimer le contenu revendiqué pour atteinte aux droits d’auteur des vidéos », section « Remplacer le titre », consultée le 4 novembre 2026
- YouTube (aide) — « Que sont les réclamations pour atteinte aux droits d’auteur ? », consultée le 4 novembre 2026
- PPC Land — « YouTube gives creators 4 AI tracks to clear music copyright claims », 3 novembre 2026 (d’après le message de l’équipe YouTube sur le forum d’aide)
- Complete Music Update — « YouTube to let video creators swap out Content ID tracks for royalty-free AI substitutes », Chris Cooke, 5 mai 2026
- Tubefilter — « YouTube is testing a tool that lets creators generate royalty-free music for their videos », Sam Gutelle, 4 mai 2026
- Sacem — « Pour une intelligence artificielle vertueuse, transparente et équitable, la Sacem exerce son droit d’opt-out », octobre 2023
- Mind Atlas — fiche YouTube Studio





