YouTube Music affiche désormais une étiquette sur les morceaux faits « principalement » par l’IA générative. Ce sont les labels et les distributeurs qui déclarent, YouTube qui vérifie. Après Deezer, l’étiquette devient la norme du streaming.
Le précédent Velvet Sundown
Juin 2025. Un groupe inconnu sort deux albums en quinze jours et atteint le million d’auditeurs mensuels sur Spotify. Le 5 juillet, The Velvet Sundown finit par se présenter comme un « projet musical synthétique ». Sur Deezer, une mention signalait que certains titres de l’album Dust and Silence pouvaient avoir été créés avec l’IA, racontait The FADER.
Seize mois plus tard, YouTube fait le même choix. Le 14 octobre, YouTube Music a commencé à afficher une étiquette sur les morceaux « créés principalement avec l’IA générative », par exemple quand un modèle a composé la musique et généré la voix. L’étiquette doit aussi arriver dans l’application YouTube principale, sans date annoncée.
Le ton de l’annonce est mesuré. « L’IA générative ouvre aux artistes de nouvelles façons de créer, d’expérimenter et de partager la musique », écrit YouTube sur son blog. Avant d’ajouter : « nos auditeurs nous ont dit qu’ils voulaient de la transparence quand ils écoutent un titre généré par IA ». Variety y voit le dernier service en date à signaler publiquement les morceaux qui ne sont pas l’œuvre d’humains.

Un badge, trois cases
Concrètement, un petit badge « AI » apparaît sur la page du lecteur, juste sous le titre du morceau. Un appui ouvre un volet « How this was made » (comment ce titre a été fait). Sur le visuel diffusé par YouTube, on lit que l’audio « a été modifié ou entièrement généré avec l’IA ».

Le tri se fait en amont, à la livraison. Labels et distributeurs cochent l’une des trois cases prévues dans leurs fichiers de livraison, détaille la page d’aide de YouTube. « Fully Gen AI » : un morceau téléchargé tel quel depuis un générateur, après une simple consigne écrite. « Partly Gen AI » : une ligne de basse ou des cordes générées, puis une voix et des instruments enregistrés par l’artiste. « No Gen AI » : l’Auto-Tune et le mastering automatique ne comptent pas comme de l’IA générative.
YouTube ne se contente pas de croire ses partenaires sur parole. La plateforme peut compléter leurs déclarations avec ses propres signaux de détection et, en l’absence de déclaration, classer elle-même un titre « entièrement » ou « en partie » IA, rapporte Music Business Worldwide. Une déclaration erronée peut être remise à zéro par le partenaire, mais aucune procédure de contestation n’est décrite.
Pas de sanction automatique : l’usage de l’IA ne rend pas, à lui seul, un titre inéligible à la monétisation, précise TechCrunch. YouTube ne dit pas non plus quels pays sont concernés, ni si un morceau « en partie IA » affiche le badge.
Deezer a ouvert la voie
Sur ce terrain, la France a une longueur d’avance. Deezer étiquette la musique IA depuis juin 2025, avec plus de 14 millions d’albums signalés. Le 13 octobre, la veille de l’annonce de YouTube, la plateforme a présenté un interrupteur qui retire des résultats de recherche les titres, albums et artistes entièrement générés par IA, promis dans le monde entier avant la fin de l’année. « Nous avons constaté une demande claire des utilisateurs », explique son directeur général, Alexis Lanternier.
La demande est chiffrée. Dans une étude Ipsos commandée par Deezer en novembre 2025 auprès d’environ 9 000 personnes dans huit pays, 45 % des utilisateurs de streaming disaient vouloir filtrer la musique 100 % IA. Et 97 % des sondés n’avaient pas su la distinguer d’un morceau humain lors d’une écoute à l’aveugle.
Les autres suivent. Tidal a promis en juin de signaler la musique entièrement IA et de ne plus la rémunérer. Spotify a annoncé en août un badge « AI Persona » pour les artistes à l’identité générée. Apple Music a prévenu ses partenaires que des mentions « Made With AI » seraient visibles par les auditeurs d’ici la fin de l’année. En juillet, la RIAA et l’IFPI, qui représentent les maisons de disques, ont proposé deux étiquettes volontaires : « généré par IA » et « assisté par IA ». En France, Qobuz affiche aussi un tag depuis septembre et assure que ces morceaux ne pèsent que 0,38 % de ses écoutes.
Notre lecture — YouTube arrive après Deezer, mais il change l’échelle. Quand YouTube demande aux labels de déclarer l’IA morceau par morceau, la déclaration cesse d’être un geste militant et devient une formalité de livraison, comme les crédits ou les droits. Reste une limite : tout repose sur l’honnêteté de ceux qui déclarent et sur des outils de détection dont personne ne publie le taux d’erreur.
Derrière le badge, les royalties
Le vrai enjeu se cache dans les relevés de droits. Le streaming paie au prorata : l’argent des abonnements est partagé selon la part de chaque titre dans le total des écoutes. Chez Deezer, jusqu’à 85 % des écoutes de titres entièrement IA étaient frauduleuses en 2025, des écoutes artificielles que la plateforme retire des paiements. Chaque écoute truquée qui passe entre les mailles grignote la part des artistes.
C’est aussi le terrain des majors. Universal poursuit le distributeur DistroKid depuis le 15 septembre, en précisant que sa plainte ne vise pas la musique IA « clairement déclarée comme telle ». Le même Universal avait réglé fin octobre 2025 son procès contre Udio, un générateur de chansons, en échange de licences et d’une plateforme commune annoncée pour 2026. La ligne est nette : l’IA déclarée et sous licence, oui ; l’IA déguisée en artiste, non.
Prochaine étape : l’arrivée du badge dans l’application YouTube principale, toujours sans date. Et une question que Deezer a déjà tranchée : laisser les fans couper l’IA d’un simple geste.
Sources
- YouTube (blog officiel) — « YouTube Music adds new labels for AI music », 14 octobre 2026
- YouTube Help — « Disclose Gen AI usage for music content », page d’aide pour les partenaires musicaux, consultée le 15 octobre 2026
- Variety — « YouTube to Label AI-Generated Songs Across Its Platforms: Listeners ‘Want Transparency’ », Corbin Bolies, 14 octobre 2026
- Music Business Worldwide — « YouTube Music starts labeling AI-generated songs, using partner disclosures and its own detection tools », Murray Stassen, 14 octobre 2026
- TechCrunch — « YouTube Music launches new labels as AI-generated music floods streaming platforms », Lauren Forristal, 14 octobre 2026
- Deezer (communiqué) — « Deezer will let you fully exclude AI-generated music from your streaming experience », 13 octobre 2026
- Music Business Worldwide — « Universal Music settles Udio lawsuit, strikes deal for licensed AI music platform », Mandy Dalugdug, 30 octobre 2025
- The FADER — « The Velvet Sundown’s AI saga is 2025’s weirdest music story », David Renshaw, 7 juillet 2025




