SpaceX achète des fréquences basses couvrant tous les États-Unis pour transformer Starlink Mobile en opérateur mobile, avec satellites et antennes au sol. Jusqu’ici, le service dépannait les téléphones au fond des zones blanches. Désormais, l’entreprise d’Elon Musk promet, selon ses mots, « le réseau mobile le plus avancé au monde ». Le soir de l’annonce, le 8 octobre, AT&T, Verizon et T-Mobile perdaient environ 7 % après la clôture. Mais l’achat attend le feu vert de la FCC, et ni prix, ni forfait, ni date de lancement n’ont été annoncés. [1][3][7]
SpaceX achète jusqu’à 14 MHz de fréquences basses, sans en publier le prix
L’annonce est partie du compte X de SpaceX, le 8 octobre à 22 h 19, heure de Paris. Polymarket l’a relayée une heure plus tard. Le billet publié sur le site de SpaceX porte un titre sans modestie : « Building the world’s most advanced mobile network ». Le contenu est plus technique. SpaceX a signé pour un portefeuille national de licences en bande basse : jusqu’à 14 mégahertz de spectre apparié dans la bande des 800 MHz. Selon SpaceX, ce spectre comble l’une des dernières lacunes techniques qui empêchaient Starlink Mobile de devenir « un opérateur mobile majeur aux États-Unis ». [1][2][8]
Le billet ne nomme pas le vendeur. La demande déposée auprès de la FCC, si : NewLevel IV, une société contrôlée par Grain Management, un fonds spécialisé dans les infrastructures numériques, qui avait lui-même repris ces licences à T-Mobile. Le contrat d’achat est daté du 8 octobre 2026. Montant : non public. La transaction ne sera bouclée qu’après l’accord du régulateur américain des télécoms. [3]
ANALYSE OHMAZIN — Le titre promet un réseau ; le contrat signé porte sur des fréquences. Entre les deux, il manque l’essentiel d’un opérateur : des antennes, des forfaits, une distribution, un service client. SpaceX a franchi une étape réglementaire et industrielle importante. Pas encore une étape commerciale.

Les satellites apportent la capacité, la bande 800 MHz traverse les murs
Le réseau décrit par SpaceX repose sur deux couches. La première, la capacité, vient de la bande des 2 GHz achetée à EchoStar. En septembre 2025, SpaceX avait annoncé l’acquisition de 50 MHz de fréquences aux États-Unis et de licences satellitaires mondiales, pour environ 17 milliards de dollars, moitié en numéraire, moitié en actions, selon TechCrunch. La FCC a approuvé cette cession le 12 mai 2026, indique SpaceX dans sa demande. [3][4][5]
La seconde couche, la couverture, est celle qui vient d’être achetée. Les ondes de la bande des 800 MHz portent loin et traversent mieux les murs. Selon SpaceX, elles garantiront une « couche de couverture » jusque dans les bâtiments, là où le signal satellite peine. La plupart des téléphones actuels gèrent déjà cette bande, souligne l’entreprise. Le volet terrestre est détaillé dans la demande à la FCC : des équipements radio standard reliés à des antennes « sur des pylônes, des toits et d’autres structures ». [1][3]

La même semaine, la FCC a autorisé la nouvelle génération de la constellation : 15 000 satellites Starlink Mobile optimisés pour la bande des 2 GHz. Selon SpaceX, ces satellites V2 offriront « plus de 100 fois » la bande passante de la génération actuelle, directement sur des téléphones non modifiés. L’entreprise se présente comme « le premier opérateur de réseau » à déployer à la fois du spectre satellitaire et terrestre. [1]
ANALYSE OHMAZIN — C’est là que le projet change de nature. Un service satellitaire seul complète les opérateurs. Un réseau doté de ses propres antennes au sol peut les remplacer. Le hic : des antennes coûtent cher, prennent du temps à installer, et c’est précisément le métier où AT&T, Verizon et T-Mobile ont des décennies d’avance.
Du message en zone blanche à la « 5G complète » promise pour 2028
Aujourd’hui, Starlink Mobile reste un filet de sécurité. Lancé commercialement aux États-Unis en juillet 2025 avec T-Mobile, le service permet, selon SpaceX, d’envoyer des messages et d’utiliser des applications comme X, WhatsApp ou Google Maps là où aucune antenne ne capte, partout où l’on voit le ciel. Starlink revendique plus de 12 millions de clients dans plus de 170 pays, tous services confondus, à la mi-2026. [3][4]
La suite se veut plus ambitieuse. Mi-septembre, selon Light Reading, le directeur financier de SpaceX, Bret Johnsen, évoquait un service mobile de « qualité 5G complète », à des prix égaux ou légèrement inférieurs à ceux des opérateurs actuels, sans chiffre précis. Calendrier : le premier semestre 2028, plus tard que la fin 2027 avancée en août. [6]
ANALYSE OHMAZIN — Pour les plateformes vidéo, les services de musique et les créateurs, l’enjeu est simple : chaque zone blanche couverte en haut débit, c’est du temps d’écoute en plus, sur la route, en montagne ou à la campagne. Mais la vidéo est l’usage le plus gourmand d’un réseau. Tant que la capacité réelle du système n’aura pas été mesurée par d’autres que SpaceX, mieux vaut parler de messagerie et de navigation enrichies que de streaming en 4K au milieu des bois.
AT&T, Verizon et T-Mobile perdent environ 7 % en une soirée
Wall Street n’a pas attendu les détails. Dans les échanges après la clôture du 8 octobre, les actions d’AT&T, de T-Mobile US et de Verizon ont reculé d’environ 7 % chacune, selon Stocktwits, repris par Yahoo Finance. SpaceX, cotée en Bourse, gagnait 3 %. AST SpaceMobile, concurrent dans la connexion directe des téléphones par satellite, perdait 3 %. Ces mouvements ne disent rien de la réussite future du projet. [7]
Les opérateurs avaient déjà donné leur avis. Toujours selon Light Reading, le directeur financier de T-Mobile, Peter Osvaldik, estimait mi-septembre que « la physique ne permet pas » au satellite direct de remplacer un abonnement classique. Le PDG de Verizon, Dan Schulman, jugeait Starlink « pas un concurrent direct ». Celui d’AT&T, John Stankey, critiquait l’idée de petites antennes installées chez les clients. [6]
ANALYSE OHMAZIN — La relation est d’autant plus ambiguë que T-Mobile est aujourd’hui le partenaire américain de Starlink pour la connexion des téléphones par satellite. SpaceX vend donc ses services à un opérateur tout en se donnant les moyens de lui disputer ses abonnés. Les géants du mobile n’ont pas à craindre le satellite seul. Ils doivent surveiller la combinaison des deux, si elle voit le jour.
L’Europe reste hors du plan, et aucun partenaire français n’est annoncé
Rien dans l’annonce ne concerne l’Europe : les licences 800 MHz rachetées sont américaines. Pour la connexion directe des téléphones, Starlink travaille déjà avec des opérateurs européens, dont Salt en Suisse et Kyivstar en Ukraine, selon SpaceX. Aucun partenaire français n’a été annoncé. [4]
ANALYSE OHMAZIN — En Europe, chaque bande de fréquences est attribuée pays par pays, et rien n’indique que SpaceX puisse y reproduire vite son modèle hybride. Pour les opérateurs français, le scénario le plus proche reste un partenariat de couverture par satellite, pas un nouvel opérateur venu de l’espace.
Prix des licences, forfaits, calendrier : SpaceX n’a rien publié
SpaceX n’a publié ni le prix d’achat des licences, ni le calendrier de construction de son réseau au sol, ni le prix de ses futurs forfaits. Les obligations fixées par la FCC laissent du temps : en version terrestre, couvrir au moins 33 % de la population ou 25 % du territoire de chaque licence d’ici au 1er juillet 2029, selon la demande de SpaceX. Les performances annoncées des satellites V2 sont celles de l’entreprise, non vérifiées de façon indépendante. [1][3]
SpaceX a désormais des fréquences pour l’espace, des fréquences pour le sol et le droit de lancer 15 000 satellites. Il lui reste à construire le réseau, puis à convaincre des abonnés de quitter leur opérateur.
Sources
- SpaceX — « Building the world’s most advanced mobile network », billet officiel, 8 octobre 2026
- SpaceX — publication X annonçant l’accord de spectre pour Starlink Mobile, 8 octobre 2026 à 22 h 19 (heure de Paris)
- SpaceX, NewLevel IV (Grain Management) — « Description of the transaction and public interest statement », demande de transfert des licences 800 MHz déposée auprès de la FCC, accord du 8 octobre 2026
- SpaceX — « The future of Starlink Direct to Cell », billet officiel sur l’accord avec EchoStar, 8 septembre 2025
- TechCrunch — « SpaceX strikes $17B deal to buy EchoStar’s spectrum for Starlink’s direct-to-phone service », Ram Iyer, 8 septembre 2025
- Light Reading — « SpaceX plans mobile service in 2028, wavers on wireless network », Michelle Donegan, 14 septembre 2026
- Stocktwits, repris par Yahoo Finance — « T, TMUS, VZ Stocks Plunge After-Hours As SpaceX Buys 800 MHz Spectrum For Starlink Mobile », Anan Ashraf, 8 octobre 2026
- Polymarket — publication X relayant l’annonce, 8 octobre 2026 à 23 h 24 (heure de Paris) (relais seulement)




