Cinq semaines après avoir changé de logo, d’images et de rythme de collections, Sézane montre où elle veut aller. Depuis début septembre, la marque de Morgane Sézalory occupe 350 m² au 117 rue du Bac, à Paris, dans un concept-store éphémère qui mêle mode, livres et café. Fin septembre, FashionNetwork la range parmi les arrivées qui dessinent la refonte « premium » de La Samaritaine, le grand magasin de LVMH. La pépite française de la mode en ligne monte en gamme, et l’assume. [1][2]
Le 23 août, un « nouveau chapitre »
Le 23 août, Sézane a dévoilé à la fois une nouvelle identité visuelle, plusieurs boutiques repensées et sa collection d’automne. L’imagerie bohème a laissé place à des portraits studio signés Mark Kean, et le logo est passé à une typographie à empattements, plus proche des codes des maisons de luxe. Auprès de Vogue Business, Morgane Sézalory a expliqué vouloir ralentir le rythme, jusqu’à « arrêter la croissance » : moins de nouveautés, plus de temps pour les matières et le dessin. [3][5]
Les lancements ont ensuite été espacés : les accessoires le 30 août, les « essentiels de la rentrée » le 13 septembre, les « Rendez-vous Vintage » le 21 septembre, la maille le 27 septembre. [5]
Combien coûte le nouveau Sézane
FashionNetwork note que la marque reste moins chère que d’autres noms du « luxe accessible », comme Sandro ou Zadig & Voltaire. Mais une trentaine de pièces plus onéreuses ont suffi à agiter les réseaux sociaux, écrit Challenges. Les critiques recueillies par FashionUnited reviennent sur les mêmes points : une ressemblance avec COS, des prix en hausse sans garantie de durabilité, des tailles moins adaptées aux silhouettes menues ou rondes. D’autres clientes saluent le rythme ralenti. [3][1][5]
Le 117 rue du Bac, vitrine du virage
Sur son site, Sézane présente le « N°117 » comme une résidence de cinq mois, qui fait dialoguer « mode, culture, et art de vivre ». Le lieu accueille la librairie Galignani et le café Ten Belles, et expose jusqu’au 31 octobre le photographe ghanéen James Barnor, déjà montré dans le premier Appartement de la marque en 2014. En face, au 122, la marque présente sa ligne masculine Octobre Éditions et Petit Sézane. [6]
Challenges décrit 350 m², le plus grand bar à maille jamais conçu par la marque et une vente solidaire chaque 21 du mois, dont les bénéfices vont à son programme Demain. L’adresse, à l’angle de la rue de Babylone, a longtemps été celle de The Conran Shop ; FashionNetwork précise que Zara Home y avait aussi installé son concept d’Appartement. Elle est surtout à deux pas du Bon Marché, où Sézane dispose déjà d’un vaste espace. [1][3]
Des grands magasins aux États-Unis
La Samaritaine, sortie du périmètre du spécialiste du travel retail DFS, a été rattachée en 2025 à la structure du Bon Marché. Un an plus tard, son offre se recompose autour de marques premium, dont Sézane, Fursac et Jonak, observe FashionNetwork. [2]
Le site de la marque recense sept adresses à Paris, dont le N°117, Le Bon Marché et La Samaritaine, cinq en région (Lyon, Aix-en-Provence, Bordeaux, Lille, Marseille), trois en Europe (deux à Londres, une à Madrid) et des boutiques dans neuf États ou districts américains, de New York à Seattle. Les États-Unis sont devenus la priorité depuis deux ans, selon FashionNetwork. L’essentiel des ventes se fait pourtant en ligne : plus de 80 % en 2024. [7][3][4]
Qui possède Sézane, et pourquoi c’est important
Morgane Sézalory reste majoritaire de Benda Bili, la société qui exploite Sézane et ses autres lignes. General Atlantic est entré au capital en 2018 et détiendrait 35 %, selon L’Informé cité par FashionNetwork, d’autres sources ayant parlé de 45 %. Téthys Invest a pris environ 10 % en 2022. En juin 2024, L’Informé écrivait que General Atlantic « teste actuellement le marché » pour céder une partie de sa participation ; FashionNetwork écrit que le projet a été abandonné faute de conditions favorables. [4][3]
Les derniers chiffres connus sont des estimations : 250 millions d’euros de ventes en 2021 selon Les Échos, près de 500 millions et une valorisation proche du milliard selon L’Informé en 2024. Pour FashionNetwork, si la montée en gamme se confirme, « le dossier pourrait être attractif » pour de futurs investisseurs. [4][3]
Le pari : vendre moins de modèles, plus cher
Dans une tribune aux Échos, Pascal Malotti, consultant retail chez Valtech, rappelle que moins de références ne signifie ni moins de pièces vendues ni moins de chiffre d’affaires : la croissance peut passer par le prix, la distribution ou de nouvelles catégories. Le vrai risque, selon lui, est de « devenir plus chère au moment même où l’on devient plus comparable ». [8]
Pour les clientes françaises, le changement est déjà concret : des collections plus courtes, des prix plus hauts et des boutiques pensées comme des lieux de visite. La suite pourrait aller plus loin : le média Glitz affirme, selon FashionNetwork, que Morgane Sézalory a acquis un hôtel particulier dans le Marais pour le transformer en hôtel. Sézane ne l’a pas confirmé. [3]
Sources
- Challenges — « Sézane : ce nouveau concept-store parisien de 350 m² confirme le virage de la marque vers le luxe accessible », Xavière Laffont, 29 septembre 2026
- FashionNetwork — « La Samaritaine : avec l’arrivée de Sézane, Fursac et Jonak, la refonte premium de l’offre prend forme », Olivier Guyot, 28 septembre 2026
- FashionNetwork — « Sézane amorce sa montée en gamme au risque de bousculer sa communauté historique », Olivier Guyot, 28 août 2026
- FashionNetwork — « Sézane pourrait voir la ventilation de son capital évoluer d’ici la fin de l’année », Olivier Guyot, 19 juin 2024
- FashionUnited — « “La marque a perdu son identité” : la fronde des clientes contre le nouveau Sézane », Julia Garel, 24 août 2026
- Sézane — page officielle « N°117 », 117 rue du Bac, consultée le 1er octobre 2026
- Sézane — page officielle « Nos adresses », consultée le 1er octobre 2026
- Les Echos — tribune « Sézane : “Devenir plus chère exige de devenir plus désirable” », Pascal Malotti (Valtech), 17 septembre 2026
