Un an après la mort de Giorgio Armani, sa maison s’apprête à faire entrer un premier actionnaire extérieur. Dimanche 27 septembre, en coulisses du défilé printemps-été 2027 à Milan, le directeur général Giuseppe Marsocci a expliqué que les 15 % du capital que le testament impose de céder pourraient être répartis entre plusieurs acheteurs, dont LVMH, L’Oréal et EssilorLuxottica. « Rien n’est gravé dans le marbre », a-t-il résumé. Aucune décision n’est prise et aucun accord n’est annoncé. [1][2]
Qui possède Armani aujourd’hui
Giorgio Armani, mort le 4 septembre 2025 à 91 ans, a légué 100 % des actions de sa société à la Fondation Giorgio Armani, selon le testament détaillé par Il Sole 24 Ore. La fondation reçoit la pleine propriété de 9,9 % du capital, qui pèsent 30 % des droits de vote, et la nue-propriété des 90 % restants. Pantaleo « Leo » Dell’Orco, compagnon et bras droit du créateur, obtient l’usufruit de 30 % des actions et 40 % des droits de vote. Le reste des droits de vote revient à la nièce Silvana Armani et au neveu Andrea Camerana, 15 % chacun selon l’AP. [3][5]
Le testament organise aussi la suite. Après les premiers 15 %, les héritiers doivent céder au même acheteur, entre la troisième et la cinquième année, une deuxième tranche de 30 % à 54,9 % du capital : de quoi lui donner la majorité. À défaut, Armani prévoit une introduction en Bourse, en Italie ou sur une place étrangère équivalente, la fondation devant toujours garder au moins 30,1 % du capital. [3]
Qui décide
Depuis octobre 2025, Giuseppe Marsocci, 23 ans de maison, dirige le groupe. Il rend compte à un conseil d’administration présidé par Leo Dell’Orco, dont Silvana Armani est vice-présidente ; sa nomination avait été proposée à l’unanimité par la fondation. Selon Reuters, la famille travaille désormais avec de nouveaux administrateurs, dont l’ancien PDG de Gucci Marco Bizzarri, et le groupe s’appuie sur la banque Rothschild pour la cession. [5][4]
En avril, Marsocci décrivait à WWD une gestion fidèle aux « lignes directrices » du fondateur, sans décision forcée, avec peu de dette et des bénéfices réinvestis. Le 16 septembre, le groupe a pourtant confié la direction artistique d’Emporio Armani et des accessoires Giorgio Armani à Dario Vitale, ex-Versace, premier créateur extérieur à la famille à occuper ce double poste. Interrogé par l’AP sur un élargissement de son rôle, Marsocci a répondu qu’« on ne sait jamais ». [6][7][1]
Le calendrier : mars 2027 en théorie, plus tard en pratique
Le testament autorise les discussions seulement après le premier anniversaire du décès, a rappelé Marsocci à l’AP, sans confirmer qu’elles ont commencé : l’hypothèse « peut avoir une certaine logique », a-t-il dit. À Reuters, il a précisé que toute transaction dépendrait d’un accord sur « le prix et les détails ». La fenêtre de 18 mois se ferme en théorie le 4 mars 2027. [1][2]
Mais le conseil de la fondation, présidé par Leo Dell’Orco, estime que la vente ne pourra pas intervenir avant 2027, selon le Corriere della Sera repris par Retail Insight Network. Deux sources citées par Reuters ajoutent que les délais du testament ne sont pas strictement contraignants et qu’un accord pourrait être repoussé si la valorisation n’est pas jugée suffisante. Fin avril, Marsocci disait n’avoir encore rencontré aucun des trois candidats. Le Financial Times, cité par Retail Gazette, annonce désormais des rendez-vous dans les prochaines semaines ; Prada, lui, s’est écarté. [8][4][9][10]
Ce que veut chaque candidat
Les trois groupes n’ont pas les mêmes intérêts, selon les sources de Reuters. EssilorLuxottica, qui fabrique les lunettes Armani, ne viserait qu’une petite participation, éventuellement avec d’autres acheteurs. L’Oréal, qui produit les parfums et le maquillage Armani, ne veut pas entrer dans la mode mais cherche à sécuriser sa licence beauté jusqu’en 2050 ; le groupe se dit « honoré » d’avoir été cité. LVMH, assez grand pour intégrer mode, lunettes et beauté, a étudié un investissement seul, mais il garde d’ordinaire le contrôle de ses marques. [4]
D’où l’option évoquée à Milan : trois participations minoritaires plutôt qu’un acheteur unique. Pour Armani, cela préserverait l’indépendance voulue par le fondateur tout en arrimant ses deux principaux licenciés. La deuxième tranche, qui doit revenir « au même acheteur » que la première, deviendrait en revanche plus compliquée à organiser si les 15 % sont partagés. Aucune des parties n’a commenté ce point. [2][3]
Bottega Veneta : nouveau patron, créatrice confirmée
Chez Kering, la question n’est pas l’actionnariat mais l’exécution. Dans son semestriel du 28 juillet, le groupe écrit que Bottega Veneta a « de nouveau surperformé », portée par la maroquinerie, sans publier de chiffre propre à la marque : elle est regroupée dans le pôle Kering Fashion & Leather Goods, dont le chiffre d’affaires a reculé de 1 % à données comparables, à 5,8 milliards d’euros. [11]
Depuis le 1er septembre, la maison est dirigée par Romain Spitzer, venu de LVMH où il présidait le pôle parfums de LVMH Beauty. Il remplace Bartolomeo Rongone, parti fin mars diriger Moncler, et rend compte directement au directeur général de Kering, Luca de Meo. La beauté de la marque, elle, appartient désormais à L’Oréal : le groupe français a finalisé le 31 mars le rachat de Kering Beauté pour 4 milliards d’euros, avec Creed et des licences exclusives de 50 ans pour Bottega Veneta et Balenciaga. [12][13][11]
Sur le podium, samedi 26 septembre, Louise Trotter a présenté sa troisième collection en allégeant les volumes de ses deux premières, avec des cuirs très légers et de grands sacs en raffia tressé. « L’artisanat est notre langage, c’est notre logo », a-t-elle expliqué à l’AP. [1]
Ce que ça change pour le luxe et pour les acheteurs français
Pour le secteur, Armani teste un modèle rare : une maison indépendante qui s’ouvre par étapes, sous le contrôle d’une fondation, plutôt qu’une vente d’un bloc. L’Oréal apparaît des deux côtés : licencié et candidat chez Armani, propriétaire de la beauté Bottega Veneta chez Kering. Pour les clients français, rien ne change à court terme : parfums et maquillage Armani restent produits par L’Oréal et les lunettes par EssilorLuxottica. Aucune source n’évoque d’effet sur les prix ou les boutiques. [4][13]
Sources
- AP — « Armani charts its future as Bottega Veneta sheds layers in Milan », Colleen Barry, 27 septembre 2026
- Reuters, via CNBC — « Armani open to more than one investor for sale of 15% stake, CEO says », 27 septembre 2026
- Il Sole 24 Ore — « Armani’s succession opens to Lvmh, Essilux and L’Oréal for sale », Carlo Festa, 13 septembre 2025
- Reuters, via FashionNetwork — « One year on from its founder’s death, Armani faces an “inevitable evolution” », 4 septembre 2026
- AP, via Click2Houston — « Giorgio Armani group names luxury veteran and longtime manager Giuseppe Marsocci as new CEO », Giada Zampano, 16 octobre 2025
- WWD — « Giorgio Armani Group Charts Steady Course in 2025 », Luisa Zargani, 29 avril 2026
- Armani — communiqué « Dario Vitale Appointed Creative Director of Emporio Armani and Giorgio Armani Accessories », 16 septembre 2026
- Retail Insight Network — « Armani 15% stake sale to miss original March 2027 target – report » (d’après le Corriere della Sera), 12 août 2026
- Reuters, via Stockopedia — « Armani 2025 revenue fell 2.8%, CEO hasn’t met potential buyers », Elisa Anzolin, 29 avril 2026
- Retail Gazette — « Armani to open stake sale talks with LVMH and L’Oréal » (d’après le Financial Times), Kieran Howells, 28 septembre 2026
- Kering — communiqué « 2026 First-half results: back to growth, performance improvement & strategy execution on track », 28 juillet 2026 (diffusé par GlobeNewswire)
- FashionUnited — « Kering appoints Romain Spitzer as CEO of Bottega Veneta », 16 juillet 2026
- L’Oréal — communiqué « L’Oréal finalise l’acquisition de Kering Beauté dans le cadre de son alliance stratégique avec Kering », 31 mars 2026
