Mercredi 30 septembre au matin, au Palais de Tokyo, Drew Henry a présenté sa première collection pour Courrèges, au troisième jour de la Fashion Week de Paris. [1][2] À 38 ans, le Sud-Africain, formé auprès de Phoebe Philo, succède à Nicolas Di Felice, qui avait réveillé la marque en cinq ans. [3] Derrière ce pari, Artémis, la holding de la famille Pinault, qui possède Courrèges en direct, en dehors de Kering. [4]
Un premier défilé puisé dans les archives
Pour ses débuts, Drew Henry a fouillé les archives de la maison fondée en 1961 par André et Coqueline Courrèges. Certaines pièces historiques passent directement du vestiaire au podium ; d’autres sont réinterprétées, dans une gamme de rouge, de vert, d’orange et de jaune vif. [8] Le créateur est remonté avant la collection « Space Age » du printemps 1964 qui a fait la réputation de la maison, jusqu’à un chapeau de la modiste Jean Barthet. « Il y a de l’humour là-dedans », a-t-il expliqué à WWD. [5]
Les codes de Courrèges sont là, mailles côtelées, vestes en vinyle, robe trapèze, mais traités avec liberté : la robe trapèze est portée à l’envers et devient unisexe, les ceintures épaisses remontent haut sur la taille. WWD relève aussi des « pièces commerciales solides », tuniques près du corps, combinaisons fluides, mailles ajustées, et parle d’un début « sûr de lui, même s’il est imparfait ». [5] La vidéo officielle du défilé crédite le stylisme à Charlotte Collet et la musique à Vegyn. [2]
Qui possède Courrèges, et qui décide
Courrèges n’appartient pas à Kering. La maison est contrôlée depuis 2018 par Artémis, le véhicule d’investissement de la famille Pinault, qui contrôle aussi Kering, Christie’s et l’agence artistique CAA. [4] Drew Henry rend compte à Marie Leblanc, nommée présidente fin 2024 après cinq ans à la tête de Victoria Beckham. [3][9] « Ensemble, nous souhaitons accélérer le développement de la marque à l’international », a-t-elle déclaré à sa nomination, tandis que François-Henri Pinault, président d’Artémis, y voyait « un nouveau chapitre pour la marque ». [3]
Le choix est aussi celui d’un actionnaire sous contrainte. En janvier, Artémis a vendu ses 29,06 % de Puma au chinois Anta pour 1,5 milliard d’euros ; un porte-parole expliquait que l’opération l’aiderait à réduire son endettement, et la holding disait vouloir « se concentrer sur les actifs contrôlés ». [6] En mars, FashionNetwork décrivait une Artémis qui traverse « une crise liée à son importante dette », et dont la stratégie pour chacun de ses actifs est interrogée. [7] Remplacer le directeur artistique en une semaine plutôt que céder la marque : Courrèges fait partie des actifs que la famille garde.
Ce dont hérite Drew Henry
Nicolas Di Felice, arrivé en 2020, a quitté la maison le 24 mars pour « de nouveaux projets personnels ». Son bilan : le sac Holy, les blousons en vinyle, trois boutiques à Paris, une présence à New York et en Californie, quatre points de vente en Corée du Sud. [7] Courrèges ne publie pas son chiffre d’affaires. Début 2024, le directeur général de l’époque, Adrien Da Maia, indiquait que les ventes avaient doublé en 2023, que la marque comptait 250 revendeurs actifs et que l’Asie était sa région la plus dynamique. [10]
Le sac Holy était alors vendu de 790 à 1 290 euros, un prix d’entrée pensé pour un public jeune. Selon Adrien Da Maia, la France est le premier marché en boutiques en propre, mais les ventes se répartissent à parts égales entre l’Europe, les États-Unis et l’Asie une fois comptés les revendeurs et le site. [10] C’est cet équilibre que Drew Henry doit faire fructifier, avec une mission claire : vendre davantage hors de France.
Une saison de chaises musicales
Courrèges n’est pas seule à changer de main créative. Cette saison, Paris guette aussi Jonathan Anderson chez Dior, Michael Ryder chez Celine, Glenn Martens chez Maison Margiela, Duran Lantink chez Jean Paul Gaultier et les débuts de Kai Nesselrath chez Carven. FashionNetwork rappelle que le marché du luxe se contracte et que de nombreuses jeunes marques indépendantes manquent de trésorerie. [11]
Chez Kering, deux départs restent à l’état de rumeur. Le 29 septembre, Anthony Vaccarello a présenté une collection tout en or pour Saint Laurent, que l’AFP décrit comme un « possible dernier show » : son départ, évoqué depuis début septembre, n’a été confirmé ni par la maison ni par Kering. [12] Selon FashionNetwork, les ventes de Saint Laurent ont reculé de 6 % l’an dernier. [11] Pour Balenciaga, The Hollywood Reporter cite plusieurs sources du secteur qui attendent le départ de Pierpaolo Piccioli après son défilé du 1er octobre ; là encore, rien n’est annoncé. [13]
Ce que ça change pour les créateurs, les marques et le public français
Pour les créateurs, la nomination illustre un profil recherché : celui des bras droits formés en coulisses. Drew Henry n’avait jamais dirigé une maison ; il a construit sa carrière auprès de Phoebe Philo, de Jonathan Anderson et de Daniel Lee. [3]
Notre lecture : pour une marque de taille moyenne, l’actionnaire compte autant que le créateur. Courrèges a nommé son nouveau directeur artistique six jours après l’annonce du départ du précédent, sans changer de présidente. [7][3] Saint Laurent et Balenciaga, bien plus grandes, traversent la Fashion Week sous la rumeur. Pour le public français, Courrèges reste une griffe parisienne qui mise sur des produits d’entrée, sac Holy et parfums, pour toucher les plus jeunes. [10] Le vrai verdict viendra des boutiques, quand la collection printemps-été 2027 y arrivera.
Sources
- Fédération de la Haute Couture et de la Mode — « Courrèges, Mode Féminine Printemps/Été 2027 », calendrier officiel de la Paris Fashion Week, 30 septembre 2026
- Courrèges — « Courrèges Spring Summer 2027 Show », vidéo officielle du défilé, chaîne YouTube de la maison, 30 septembre 2026
- FashionNetwork — « Courrèges nomme Drew Henry directeur artistique », Edoardo Meliado, 30 mars 2026
- The Business of Fashion — « ‘Optimistic, Clear, Grounded’: Courrèges Plots New Chapter With Drew Henry », Robert Williams, 30 mars 2026
- WWD — « Courrèges Spring 2027: Space Fantasia », Joelle Diderich, 30 septembre 2026
- Reuters, via Boursorama — « La société chinoise Anta achète à la famille Pinault une participation de 1,8 milliard de dollars dans Puma et exclut tout rachat », Alexander Hübner et Paolo Laudani, 27 janvier 2026
- FashionNetwork — « Nicolas Di Felice et Courrèges se séparent », Elena Passeri et Olivier Guyot, 24 mars 2026
- L’Officiel — « Chez Courrèges, Drew Henry réveille les archives pour écrire la suite », Pauline Borgogno, 30 septembre 2026
- The Business of Fashion — « Marie Leblanc Named Courrèges CEO », 21 octobre 2024
- WWD — « Courrèges CEO Talks Growth, Holy Handbag and West Coast Expansion », Joelle Diderich, 27 février 2024
- FashionNetwork — « Paris Fashion Week: Between fervour and tension », Olivier Guyot, 28 septembre 2026
- AFP, via FashionNetwork — « Saint Laurent, l’âge d’or selon Anthony Vaccarello », 29 septembre 2026
- The Hollywood Reporter — « Pierpaolo Piccioli May Be Leaving Balenciaga After Barely a Year », Merle Ginsberg, 25 septembre 2026
