« Oubliez Quibi » : c’est ainsi que TheWrap titre, le 25 septembre, l’entretien dans lequel Jeffrey Katzenberg annonce vouloir lancer un studio d’animation appuyé sur l’intelligence artificielle. À 75 ans, le cofondateur de DreamWorks Animation, ancien patron des studios Disney, veut « s’associer avec des cinéastes talentueux et l’IA ». L’annonce arrive deux jours après un long manifeste sur X, et deux semaines après la révélation d’une start-up vidéo en préparation avec l’ancien responsable de Sora, chez OpenAI. Ce qui est dit, ce qui manque, et ce que le précédent Critterz enseigne. [1][2][4]

Ce qu’il a dit à TheWrap

Dans l’entretien accordé à Sharon Waxman, Katzenberg décrit un studio, ou une plateforme numérique, dédié à la production de films et de séries d’animation avec l’IA, pour du contenu « de qualité ». Sa formule : « s’associer avec des cinéastes talentueux et l’IA pour apporter les ressources du monde de l’IA, et marier cela avec les meilleurs talents ». Il assume le mot qui fâche : jusqu’à récemment, dit-il, les productions génératives étaient du « slop », de la bouillie ; « cela a changé seulement ces deux derniers mois ». Et il appelle « les artistes, les créatifs, les conteurs » à « saisir le moment ». [1]

L’article ne donne ni nom, ni montant, ni date, ni partenaire, ni équipe. Katzenberg y convoque l’exemple de Pixar, né en dehors de Disney Animation avant d’être racheté par Disney, et note que Disney investit dans la technologie sous la direction de Josh D’Amaro. Il reconnaît aussi ses paris passés, la 3D et Quibi, ce qui explique le titre de TheWrap. [1]

Le manifeste du 23 septembre

Deux jours plus tôt, Katzenberg publiait sur X un long texte sur l’IA et Hollywood, relayé par TheWrap et Cartoon Brew. La phrase la plus reprise : « résister à la technologie, c’est risquer l’insignifiance ». Il y écrit que le débat « outils contre pas d’outils est un piège », qu’il faut d’abord « convenir qu’il doit y avoir des conditions » avant de « débattre de ce que l’équité exige », et résume ces conditions en trois mots : crédit, consentement, rémunération. Il concède aussi que « quand le robot génère une œuvre, il n’essaie pas de communiquer quoi que ce soit. C’est de la statistique, pas de l’âme ». [2][3]

Cartoon Brew relève ce que le texte ne dit pas : Katzenberg reconnaît la menace sur les emplois et la compare aux transitions passées, de la musique enregistrée à l’arrêt de l’animation dessinée chez DreamWorks, mais il n’explique pas comment les gains de productivité profiteraient aux artistes dont les postes disparaîtraient. [3]

Une start-up déjà en préparation, avec l’ex-responsable de Sora

Le studio n’arrive pas seul. Le 10 septembre, The Information, cité par le Seoul Economic Daily, révélait que Katzenberg prépare une start-up de génération vidéo par IA « destinée aux cinéastes professionnels », avec Bill Peebles, ancien responsable du modèle Sora chez OpenAI, et Sujay Jaswa, ancien directeur financier de Dropbox. Des discussions étaient en cours avec des investisseurs, dont Andreessen Horowitz, pour une levée « importante », sans montant précisé. La société d’investissement de Katzenberg, WndrCo, pilote l’initiative. [4]

Le précédent de 2023 : « 90 % » de coûts en moins

Trois ans plus tard, aucun grand studio n’a publié un tel chiffre, et Katzenberg lui-même dit que la qualité n’est devenue acceptable que « ces deux derniers mois ». Le pari de 2023 reste donc un pari. Quant à Quibi, la plateforme de vidéos courtes qu’il avait lancée en 2020 avant de la fermer quelques mois plus tard, TheWrap et Cartoon Brew la citent comme le contre-exemple qui pèse sur toute nouvelle annonce. [1][3][5]

Ce que Critterz enseigne

Le meilleur point de comparaison est le film d’animation soutenu par OpenAI. En septembre 2025, le Wall Street Journal révélait Critterz : un long métrage à moins de 30 millions de dollars, produit en neuf mois par Vertigo Films (Londres) et Native Foreign (Los Angeles), avec des artistes humains pour les croquis, GPT-5 pour les images et de vrais acteurs pour les voix, objectif Cannes en mai 2026. Entre-temps, OpenAI a annoncé le 24 mars 2026 l’arrêt de Sora, fermé l’application le 26 avril et éteint l’API le 24 septembre. En mai, Bloomberg rapportait que le film avait manqué Cannes, que ses producteurs cherchaient un nouveau partenaire technologique et visaient une sortie au premier trimestre 2027. [6][8][7]

La leçon est double. D’abord, la dépendance à un modèle : un studio d’animation par IA repose sur des outils que leurs éditeurs peuvent retirer. C’est précisément ce que la start-up avec Bill Peebles semble vouloir résoudre en construisant son propre outil. Ensuite, le calendrier : neuf mois annoncés, plus de dix-huit mois réels. Les promesses de vitesse sont, pour l’instant, plus rapides que les films. [4][6][7]

Ce qu’il faut surveiller

Trois signaux diront si l’annonce devient un studio : un nom et une levée de fonds, avec les investisseurs cités par The Information ; un premier projet avec des cinéastes identifiés, puisque Katzenberg fait de ce « mariage » avec les talents son argument ; et les conditions concrètes de crédit, de consentement et de rémunération qu’il réclame dans son manifeste. Pour les artistes et les studios français, la question n’est pas de savoir si ce studio verra le jour, mais quelles règles s’imposeront à ceux qui suivront. [1][3][4]

Sources

  1. TheWrap — « Forget Quibi; Jeffrey Katzenberg Is Launching a Next-Gen AI Animation Studio », Sharon Waxman, 25 septembre 2026
  2. TheWrap — « Jeffrey Katzenberg Warns Resisting AI Advancement Is Risking Irrelevance », JD Knapp, 23 septembre 2026
  3. Cartoon Brew — « Katzenberg On AI In Animation, Artist Jobs, And Compensation », Jamie Lang, 25 septembre 2026
  4. Seoul Economic Daily, d’après The Information — « Hollywood Heavyweight Katzenberg Launches AI Video Startup », 10 septembre 2026
  5. TheWrap — « Jeffrey Katzenberg Says Animated Films Costs Could Plummet 90% With AI », 9 novembre 2023 (Bloomberg New Economy Forum)
  6. Bloomberg — « AI Film ‘Critterz’ Looks for Tech Partner After OpenAI », 22 mai 2026
  7. OpenAI — « What to know about the Sora discontinuation », centre d’aide (arrêt annoncé le 24 mars 2026, application fermée le 26 avril, API le 24 septembre 2026)
  8. BGR, d’après le Wall Street Journal — « OpenAI Sets Its Sights On Hollywood With AI-Animated Movie Critterz », Chris Smith, 9 septembre 2025
  9. ToonHive sur X — publication relayant l’information de TheWrap, 26 septembre 2026