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Les plateformes versent 52 M€ au CNC, les créateurs en reçoivent 6

Après sept mois de gel, le CNC rouvre son fonds pour les vidéastes avec 6 millions d’euros par an. Sur le papier, c’est le double. Dans les faits, les créateurs y voient surtout un rattrapage, au moment où les plateformes s’apprêtent à payer beaucoup plus de taxe.

Par Waymar

· 7 min de lecture

Un vidéaste règle une caméra montée sur trépied dans un studio équipé d’un anneau lumineux et d’une boîte à lumière.
Tournage en studio : le fonds du CNC finance des œuvres conçues pour les plateformes. Kyle Loftus / Unsplash · Licence Unsplash

Ce qui a été annoncé

Le 5 novembre, à la Paris Creator Week, le président du CNC Gaëtan Bruel a relancé le fonds d’aide à la création pour les plateformes sociales, la seule aide publique réservée aux vidéastes. Doté de 6 millions d’euros par an, il finance des œuvres pensées pour YouTube, TikTok, Twitch ou Instagram : fiction, documentaire, animation, expérimental. Deux collèges d’experts vont être nommés et les sélections auront lieu chaque trimestre, détaille le CNC.

Le fonds s’ouvre par trois portes. Un créateur d’au moins 10 000 abonnés sur une plateforme, jamais aidé par le CNC, peut obtenir une bourse de 10 000 €, une seule fois. Les sociétés de production et les associations peuvent demander une aide au développement (chaîne d’au moins 25 000 abonnés) ou à la production (au moins 50 000 abonnés), chacune plafonnée à 50 % des dépenses. Une troisième entrée finance les festivals et rencontres professionnelles. Selon Gaëtan Bruel, un même projet pourra recevoir jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’euros, quand l’ancien CNC Talent plafonnait à 30 000 € par vidéo et 50 000 € par chaîne.

Pourquoi le fonds était gelé

Créé à l’automne 2017 sous le nom « CNC Talent », le fonds avait été réformé en juin 2025. Le 25 mars 2026, une vidéaste membre de la nouvelle commission a déclaré en ligne qu’elle tiendrait compte de ses liens avec les créateurs et de leurs opinions politiques pour soutenir ou écarter un projet. Elle a été suspendue, puis la polémique a conduit le CNC à suspendre tout le fonds pour protéger les membres de la commission et ses agents. Résultat : un an sans aucun versement, rappelle le rapport remis le 4 novembre par le conseiller d’État Maxime Boutron.

Les nouvelles règles tirent la leçon de l’épisode. Les journaux, reportages et commentaires d’actualité sont exclus, tout comme les contenus publicitaires ou institutionnels, les jeux et les variétés. Le projet doit être écrit en français et conçu d’abord pour les plateformes. Le CNC demande aussi aux porteurs de projet de justifier l’usage d’outils d’IA générative : outils employés, intérêt artistique, risques juridiques, effet sur l’équipe.

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Qui paie, qui touche

L’argent du CNC ne tombe pas du ciel : il vient de taxes payées par ceux qui diffusent. Les plateformes gratuites comme YouTube y contribuent depuis la loi de finances rectificative de 2016. Selon le rapport Boutron, leur contribution au fonds de soutien du CNC atteint 52 millions d’euros, et pourrait monter à 87 millions si l’article 12 du budget 2027, qui réduit l’abattement de 66 % dont elles bénéficient, est adopté. Le rapport prévient qu’il n’existe « pas de principe de juste retour » : ce que paient les plateformes ne revient pas mécaniquement aux créateurs.

C’est le vrai sujet du rapport. Une plateforme ne préfinance aucun contenu, contrairement à une chaîne de télé. Le créateur vit donc d’abord des marques, ce qui pèse sur sa liberté. Près de 85 % des créateurs gagnent moins qu’un SMIC, tandis que 1 % dépasse 500 000 euros par an, chiffres repris du rapport remis au gouvernement en janvier 2026 par Arthur Delaporte et Stéphane Vojetta. En 2024, 61,7 % des créateurs travaillaient sous le statut d’auto-entrepreneur. Pour un film français, les aides publiques couvrent en moyenne un quart du budget, rappelle le rapport.

Pourquoi ça grince

Les créateurs attendaient plus. L’UMICC, qui représente les métiers de l’influence et de la création de contenus, salue « un premier pas », mais juge l’enveloppe « en deçà des besoins d’un secteur en pleine structuration ». Elle espérait une dizaine de millions. Sa déléguée générale, Bénédicte de Kersauson, parle de « mirage ». Roxane Tyrbas, du Collectif du 11 avril, qui réunit plus de 200 créateurs, trouve ces montants « anecdotiques ».

Leur argument tient en un calcul. Le rapport Boutron recommandait de reporter sur 2027 les 3 millions prévus en 2026 et jamais versés, en plus des 3 millions annuels. Total : 6 millions, exactement l’enveloppe annoncée. Le « doublement » ressemble donc d’abord à un rattrapage. Le CNC, lui, parle d’un budget annuel de 6 millions, sans préciser comment il se répartit entre les bourses, le développement et la production.

Notre lecture — Le CNC a remis son guichet en route et l’a nettement agrandi : une bourse de 10 000 € pour un créateur de 10 000 abonnés, c’est concret, et des chèques à six chiffres changent la taille des projets possibles. Mais le partage de la valeur ne se joue pas là. Tant que les plateformes encaissent la publicité sans rien préfinancer, et que les marques paient 80 % de la note, 6 millions d’argent public restent une rustine. Le rapport le reconnaît en renvoyant le vrai chantier, un soutien automatique comme pour la télé, au jour où les plateformes accepteront de s’engager.

Ce que ça change pour un créateur

  • Bourse émergence : 10 000 €, une seule fois, pour une personne physique d’au moins 10 000 abonnés sur une même plateforme, jamais aidée par le CNC.
  • Développement : pour une société ou une association liée à une chaîne d’au moins 25 000 abonnés, jusqu’à 50 % des dépenses.
  • Production : même logique dès 50 000 abonnés, jusqu’à 50 % des dépenses.
  • Projet en français, conçu d’abord pour les plateformes ; pas d’info, de commentaire d’actualité ni de contenu de marque.
  • Premier dépôt jusqu’au 18 décembre 2026 à 23 h 59 sur Festiciné, puis une session par trimestre ; webinaire de présentation le 16 novembre, de 12 h à 13 h.

À surveiller

  • Le vote de l’article 12 du budget 2027 sur la taxe vidéo des plateformes.
  • La nomination des deux collèges d’experts et la première sélection, après le 18 décembre.
  • L’enveloppe 2028 : les 6 M€ tiendront-ils une fois le rattrapage absorbé ?
  • D’éventuels engagements de YouTube, TikTok ou Twitch à préfinancer des œuvres, condition posée par le rapport à un soutien automatique.

Sources

  1. CNC — « Fonds d’aide à la création pour les plateformes sociales » (montant, critères, calendrier), mis à jour le 5 novembre 2026
  2. CNC — Rapport de Maxime Boutron, conseiller d’État, « Soutien à la création sur les plateformes sociales », remis le 4 novembre 2026 et publié le 5 novembre
  3. Journal du Net — « Le CNC relance son fonds d’aide aux créateurs de contenu avec 6 millions d’euros annuels », 5 novembre 2026
  4. The Media Leader FR (dépêche AFP) — « Le CNC relance son aide aux créateurs avec 6 millions d’euros », 5 novembre 2026
  5. CB News — « Financement des créateurs de contenus : retour du fonds d’aide du CNC », 5 novembre 2026
  6. Kyle Loftus — photo de couverture, licence Unsplash
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Waymar

Fondateur d’OHMAZIN. Entrepreneur et créatif, Waymar signe les articles du média sur les deals, les marques, le cinéma et les séries, le sport business, la tech et les sneakers.

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