Depuis le 18 février 2026, les auteurs de Substack peuvent glisser les cotes de Polymarket dans leurs articles et leurs Notes, avec des outils conçus par les deux sociétés. L’opérateur y gagne une vitrine dans des publications qui vivent de la confiance de leurs lecteurs. En France, où le site est bloqué depuis juillet 2026, cette vitrine peut devenir un délit.
Un accord de 2024, une vitrine en 2026
Le partenariat n’est pas né en 2026. Le 29 juillet 2024, Substack a lancé les intégrations de Polymarket, qui permettaient d’afficher dans un article des cotes actualisées en continu en collant le lien d’un marché. Le 18 février 2026, son cofondateur et directeur général, Chris Best, a présenté trois nouveautés développées avec Polymarket : l’intégration des cotes dans les Notes, le format court de la plateforme ; une recherche des marchés depuis l’éditeur ; des visualisations adaptées au type de question. La cote ne s’ajoute plus après coup. Elle s’écrit avec le texte.
Substack affirme, dans la même annonce, qu’avant ces nouveautés un cinquième des 250 publications générant le plus de revenus sur la plateforme avaient commencé à utiliser ces intégrations. Le chiffre n’est pas vérifiable de l’extérieur : il émane de Substack, partie prenante de l’accord. L’annonce précise aussi que Polymarket a rejoint le programme pilote de sponsoring de Substack, en soutenant une cohorte d’auteurs qui intègrent ces outils à leur travail. Le montage profite à chacun : Substack enrichit son éditeur, Polymarket s’affiche dans les publications qui rapportent le plus, des auteurs reçoivent un soutien financier. L’annonce ne chiffre pas ce soutien.
Une cote n’est pas un fait
Substack présente les marchés de prédiction comme une technologie qui agrège en temps réel des estimations sur l’avenir : le prix d’une part reflète la probabilité que les participants attribuent à un événement. L’indicateur a son intérêt, et ses limites. Il mesure l’avis de ceux qui parient, pondéré par l’argent qu’ils engagent, pas l’état des faits. Il peut aussi être faussé : l’ANJ relève que des paris sur la météo proposés par Polymarket semblaient faussés, des sondes météo ayant pu être piratées, et le parquet de Paris a ouvert une enquête le 4 mai 2026.
Reste l’angle mort de l’information privilégiée. Aux États-Unis, le ministère de la Justice a annoncé le 23 avril 2026 l’inculpation d’un militaire américain, soupçonné d’avoir utilisé des informations classifiées sur l’opération visant à capturer Nicolás Maduro pour parier sur Polymarket et gagner plus de 400 000 dollars. Il est présumé innocent. Pour le lecteur, une cote qui bouge peut donc refléter une information privilégiée autant qu’une analyse collective.

Le sponsor dans l’article
Afficher une cote dans un article, c’est aussi mettre en avant l’opérateur qui la produit. Quand cet opérateur soutient financièrement des auteurs qui l’utilisent, comme le prévoit le programme de sponsoring annoncé par Substack, la frontière entre analyse et promotion devient difficile à tracer pour le lecteur. La charte d’éthique professionnelle des journalistes du SNJ demande de refuser « toute confusion entre journalisme et communication » et de ne pas user de la liberté de la presse « dans une intention intéressée ».
Notre lecture — Le vrai produit de l’accord n’est pas la cote. C’est la place qu’elle occupe : au cœur d’un texte signé, dans une publication que ses lecteurs suivent, et parfois paient, pour son jugement. Polymarket y gagne une caution éditoriale qu’une bannière publicitaire n’offre pas ; l’auteur sponsorisé, une source de revenus. Le lecteur, lui, reçoit un chiffre dont il ne voit ni les participants ni leurs intérêts. Une rédaction qui cite une cote devrait donc en indiquer la source, la date et l’heure, signaler tout lien financier avec l’opérateur et interdire à ses auteurs de parier sur les sujets qu’ils couvrent. OHMAZIN publie elle-même sur Substack ; cet article n’intègre aucune cote.
En France, la vitrine est bloquée
Le cadre français est plus strict. Dès novembre 2024, l’ANJ estimait que les services de Polymarket étaient susceptibles d’être regardés comme une offre de jeux d’argent non autorisée ; l’exploitant avait alors mis en place un géoblocage des transactions depuis la France, contourné en pratique. En février 2026, l’Autorité a rappelé que les sites de prédiction ne sont pas autorisés en France. Le 16 juillet 2026, son président a ordonné aux fournisseurs d’accès à Internet de bloquer le site. Motif : sa page d’accueil, qui affiche les cotes en temps réel, est considérée comme un vecteur de promotion d’une offre illégale. La vitrine elle-même est devenue le problème.
Pour les médias, la conséquence est directe : l’ANJ rappelle que la publicité en faveur d’un site de jeux non autorisé est un délit, et que la même peine vise quiconque diffuse au public ses cotes pour promouvoir ce site. Polymarket a annoncé en août 2026 avoir saisi la justice pour contester son blocage, selon l’AFP citée par KultureGeek. L’issue de ce recours n’était pas connue à la date de cette mise à jour.
Sur Substack, la cote est un format. En France, c’est d’abord un risque juridique.
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