Stress en public, sommeil perturbé, pression des réseaux sociaux : les études consacrées aux joueurs d’esport décrivent des contraintes proches de celles des athlètes. Des équipes ont recruté des psychologues du sport, tandis que le projet de Jeux olympiques de l’esport est à l’arrêt. Ce qui est établi, et ce que clubs et sponsors peuvent faire sans attendre.
La recherche décrit des facteurs de stress proches de ceux des athlètes
En 2019, une étude de l’université de Chichester recensait 51 facteurs de stress chez des joueurs d’esport de haut niveau, dont les problèmes de communication au sein de l’équipe et la pression de jouer devant un public. Les chercheurs les jugeaient comparables à ceux des sportifs professionnels et recommandaient une préparation psychologique adaptée.
La même équipe a publié en 2022 une enquête auprès de 313 compétiteurs britanniques de niveau universitaire, joueurs de CS:GO, Valorant et Rainbow Six Siege. Le sommeil, l’épuisement et l’anxiété sociale y expliquent une part importante des symptômes mesurés. La qualité du sommeil rend compte à elle seule de 41,4 % de la variance de la détresse psychologique et de 49,2 % de celle des symptômes dépressifs sévères.
Ces travaux ont leurs limites. Un article de perspective publié en 2024 dans Frontiers in Psychology souligne la petite taille des échantillons et le faible nombre de jeux étudiés ; il cite une étude portugaise selon laquelle environ 37 % des joueurs de football virtuel interrogés présentaient des symptômes de dépression et d’anxiété. Les auteurs demandent des études plus larges, avec entretiens cliniques, et un accès à des soins pluridisciplinaires.
Des équipes recrutent des psychologues venus du sport traditionnel
Le recours à ces spécialistes n’est pas nouveau. Avant le Major ELEAGUE de janvier 2017, l’équipe danoise de Counter-Strike Astralis avait fait appel à Mia Stellberg, psychologue du sport ayant travaillé avec des athlètes olympiques et l’équipe nationale finlandaise de hockey, rapportait ESPN. En juin 2019, l’équipe finlandaise ENCE a recruté la psychologue qui avait accompagné la victoire d’Astralis lors de ce Major.

En France, un point de vocabulaire compte. L’usage professionnel du titre de psychologue est protégé par l’article 44 de la loi du 25 juillet 1985 : il est réservé aux titulaires de diplômes universitaires fixés par décret. Ce texte ne réglemente pas l’appellation de « préparateur mental ». Pour une structure, la distinction détermine qui est qualifié pour évaluer une souffrance psychique et qui intervient sur la performance.
Le projet olympique d’esport est suspendu depuis la fin 2025
L’horizon olympique, souvent invoqué pour professionnaliser l’encadrement, s’est éloigné. Le 30 octobre 2025, le CIO et le Comité olympique et paralympique saoudien ont mis fin au partenariat de douze ans qui devait lancer les Jeux olympiques de l’esport. Le CIO a annoncé vouloir développer une nouvelle approche et un nouveau modèle de partenariat, sans fixer de date.
Selon l’agence Kyodo, dont l’information a été reprise par Esports News UK en mai 2026, la commission esport du CIO a depuis suspendu ses activités. Interrogée après la commission exécutive de mai, la présidente du CIO, Kirsty Coventry, a assuré que le projet restait d’actualité et qu’il ne serait présenté à la commission exécutive qu’après juin, a rapporté Francs Jeux. À la date de cette révision, nous n’avons trouvé aucune annonce de date ni de pays hôte. Il n’existe donc ni calendrier olympique ni certification olympique des préparateurs mentaux.
Ce que clubs et sponsors peuvent faire dès maintenant
Analyse OHMAZIN : la recherche disponible désigne des leviers concrets, sans attendre de cadre olympique. Le sommeil d’abord, facteur le plus fortement associé à la détresse dans l’étude britannique de 2022. L’accès ensuite à un professionnel au titre vérifiable, distinct du staff qui décide des titularisations, pour que le joueur puisse parler sans craindre pour sa place. La confidentialité enfin : un indicateur de fatigue ou d’humeur recueilli par une équipe n’est pas un diagnostic et ne devrait pas circuler au-delà des personnes chargées du suivi.
Pour les sponsors, la question devient celle de la responsabilité. Une marque associée à une équipe peut demander quel accompagnement est proposé aux joueurs, par qui et avec quelles garanties de confidentialité. Ce sont des questions de gouvernance, comparables à celles que l’on pose aux clubs sportifs traditionnels.
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