Pharrell Williams veut faire écarter la plainte de Chad Hugo, son partenaire des Neptunes : selon ses avocats, elle ne dit pas quelles chansons il revendique. Le duo a produit pour Jay-Z, Britney Spears et Justin Timberlake, puis fondé N.E.R.D. Depuis janvier, Chad Hugo réclame des comptes, ses royalties et la reconnaissance de sa part d’auteur. La requête, déposée le 6 octobre devant un juge fédéral de Los Angeles, juge sa plainte « vague et ambiguë ». Le dossier pose la question que tout duo de producteurs devrait régler par écrit : qui détient quoi, titre par titre. Premier rendez-vous au tribunal : le 6 novembre. [1][3][4][5]

Le camp Pharrell dépose 34 pages contre une plainte « vague et ambiguë »

La requête a été déposée le mardi 6 octobre 2026 devant le tribunal fédéral du district central de Californie, à Los Angeles, dans le dossier Hugo v. Williams (n° 2:26-cv-00746). Elle émane de Pharrell Williams et de Talamasca, Inc., l’une des sociétés visées, représentés par le cabinet McPherson LLP. AllHipHop l’a sortie en exclusivité le 7 octobre, Rolling Stone l’a reprise le même jour, XXL le 9. [1][2][3][4]

Le ton est cinglant. « Après des années de différend, trois ans de suspension des délais et trois versions successives de la plainte, ces faits de base restent non identifiés », écrivent les avocats. Puis : « Aussi incompréhensible que cela soit, il semble que Hugo n’ait aucune idée des compositions ou des enregistrements dont il serait l’auteur, alors même qu’il affirme avoir été là, juste à côté des défendeurs, tout du long. » [4]

La cible est précise. La requête vise d’abord les deux demandes fondées sur le droit d’auteur fédéral : la reconnaissance de Hugo comme copropriétaire des œuvres et le partage des profits qui en découlent. Si elles tombent, le camp Pharrell demande au juge de se dessaisir des quatre autres (manquement au devoir de loyauté d’un associé, deux demandes de reddition de comptes, clarification des contrats de société) et de les rejeter « sans préjudice », c’est-à-dire sans se prononcer sur le fond. À défaut, il demande que Hugo soit obligé de préciser sa plainte. [4]

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Huit titres cités en février, un seul en septembre

La liste a fondu d’une plainte à l’autre. Selon la requête, la plainte initiale du 23 janvier 2026 ne contenait aucune demande liée au droit d’auteur. La première version modifiée, déposée le 12 février, citait huit titres : « Motomami » et « La Combi Versace » de Rosalía, « Cash In Cash Out », « Love Is Not Written », « Pure », « Real One » avec Latto, « Lost and Found » et « Freestyle » avec Tyler, the Creator, plus toutes les productions des Neptunes de 2019 à 2021. La deuxième version, déposée le 18 septembre, retire ces huit titres et n’en nomme plus qu’un : « U Gotta » d’EarthGang, « entre autres ». [3][4][5]

Pour les avocats de Pharrell, ce flou en cache un autre : la plainte ne dit jamais si Hugo revendique la composition (la musique et les paroles, gérées par les éditeurs) ou l’enregistrement lui-même, le master. Ce sont deux œuvres distinctes en droit américain. Les avocats rappellent aussi que les parties avaient suspendu les délais de prescription dès le 3 janvier 2023, par huit accords successifs, jusqu’au 24 janvier 2026, et que Hugo a eu six avocats depuis 2021. [4]

ANALYSE OHMAZIN — C’est le piège classique des duos de producteurs. Être dans le studio ne dit pas quel droit on détient : coauteur de la composition, donc des éditions ; coproducteur du master, donc des points sur l’enregistrement ; ou simple collaborateur. Sans feuille de partage (split sheet) signée titre par titre au moment de la session, il faut reconstituer la contribution de chacun des années plus tard, devant un juge. Le flou reproché à Hugo dit surtout ce qui manquait au départ.

Chad Hugo réclame les comptes de N.E.R.D. Music, ses royalties et un crédit

Dans sa plainte, Chad Hugo se présente comme le compositeur, arrangeur, multi-instrumentiste et producteur principal du duo formé avec Pharrell à Virginia Beach, Pharrell étant « plus souvent la face publique ». Il affirme qu’en 2019, Pharrell lui a dit ne plus jamais vouloir travailler sans lui et l’a fait venir à Miami, avec un partage à 50/50 de la production et des éditions. Il dit avoir participé à près de 50 sessions entre 2019 et 2021, sans être crédité ni payé à hauteur de cet accord. [5][6]

L’argent du groupe passe par N.E.R.D. Music, LLC, dont les statuts ont été signés en 2014 avec le troisième membre, Shay Haley. Selon la plainte, Pharrell en est le gérant et le seul signataire. À ce titre, il doit remettre des relevés mensuels, les relevés de royalties reçus de tiers et des comptes annuels sous 120 jours. Hugo dit les réclamer depuis 2021, sans les avoir obtenus en entier. Il affirme aussi détenir 50 % des sociétés des Neptunes. [5]

Répartition de N.E.R.D. Music, LLC selon les statuts cités dans la plainte de Chad Hugo
AssociéPartsTournées et autres revenusMerchandising et marque
Pharrell Williams50 %50 %33 %
Chad Hugo25 %25 %33,3 %
Shay Haley25 %25 %33,3 %

Chiffres de l’annexe A des statuts, tels que reproduits dans la deuxième plainte modifiée du 18 septembre 2026. Pharrell Williams n’a pas commenté publiquement ces chiffres. [5]

Côté chiffres, la plainte avance deux repères. Merchandising de N.E.R.D. : Hugo dit avoir touché environ 136 765 dollars entre août 2022 et septembre 2023, puis plus rien. Album No One Ever Really Dies (2017) : il estime qu’on lui doit « au moins 325 000 à 575 000 dollars », et peut-être plus de 750 000 dollars à un million. Ce sont ses estimations, pas des montants établis. [5][6]

ANALYSE OHMAZIN — Détenir 25 % d’une société ne sert pas à grand-chose sans accès aux comptes. Dans une LLC, le gérant tient l’information : contrats, relevés, flux. Ce que Hugo invoque d’abord, ce sont des clauses d’information. Pour tout producteur associé, le droit de consulter les livres et d’auditer pèse autant que le pourcentage inscrit dans les statuts.

Le camp Pharrell plaide qu’aucune loi fédérale n’oblige à créditer un producteur

En janvier, un représentant de Pharrell avait jugé la plainte « prématurée », car il pourrait « ne même pas y avoir de différend entre les parties », et assuré qu’un « examen comptable standard » était déjà en cours. [7] Depuis la requête, ni Pharrell ni ses représentants ne se sont exprimés publiquement au-delà du document déposé, selon XXL et Rolling Stone. [1][3]

Sur le droit, la requête soutient qu’aucune loi fédérale n’oblige à créditer un producteur ou un auteur, et que la reddition de comptes entre copropriétaires relève du droit des États, selon une décision de 1984 de la cour d’appel fédérale du 9e circuit, compétente pour la Californie. L’autre porte d’entrée vers un tribunal fédéral, la « diversité » de domicile entre toutes les parties, ne serait pas ouverte ici. Conclusion du camp Pharrell : sans demande fédérale valable, le dossier n’a plus sa place devant ce tribunal. [4]

Côté Chad Hugo, son avocat n’avait pas répondu immédiatement à Rolling Stone le 7 octobre. Au 9 octobre, nous n’avons trouvé aucune réaction publique de sa part, et le dossier consultable ne contenait pas encore de réponse écrite à la requête. [3][4]

Dès 2024, Chad Hugo contestait le dépôt de la marque « The Neptunes »

Le conflit n’est pas né cette année. Fin mars 2024, c’est Chad Hugo qui avait contesté devant une instance fédérale des marques trois demandes d’enregistrement du nom « The Neptunes », déposées par PW IP Holdings, LLC, une société de Pharrell, pour le streaming, les vidéos et les concerts. Il y voyait une tentative frauduleuse de contrôle exclusif, contraire selon lui à leur accord de partage à parts égales. [8]

Le camp Pharrell s’était dit « surpris », affirmant avoir proposé à plusieurs reprises une propriété et une gestion partagées de la marque, et vouloir empêcher un tiers de s’en emparer. Selon Black Enterprise, cette procédure était toujours en cours en janvier 2026. PW IP Holdings figure aussi parmi les sociétés visées par la plainte actuelle. [5][7][8]

ANALYSE OHMAZIN — Le nom d’un duo est un actif à part entière, souvent le plus durable. Le déposer dès le départ au nom de la structure commune, avec des règles écrites pour l’exploiter et pour se séparer, évite qu’il devienne un terrain de bataille le jour où les associés ne se parlent plus.

Le 6 novembre, le juge tranchera la forme, pas la paternité des chansons

Une « motion to dismiss », ou demande de rejet, ne porte pas sur la vérité des faits. Le juge tient pour vrai ce qu’écrit le plaignant et vérifie seulement si la plainte est assez précise et juridiquement fondée pour aller plus loin : l’échange de pièces, puis un éventuel procès. Il peut refuser la demande, l’accepter, ou l’accepter en laissant à Hugo la possibilité de corriger sa plainte. Il ne dira pas qui a écrit quoi.

L’audience est prévue le 6 novembre 2026 à 10 heures, heure de Los Angeles, devant le juge André Birotte Jr., selon l’avis joint à la requête. Le 7 octobre, Rolling Stone écrivait qu’aucune date n’était encore fixée : c’est le dépôt de la requête qui l’a proposée. Si les demandes fédérales tombent, Hugo resterait libre de poursuivre le reste devant un tribunal de l’État de Californie. [3][4]

Aucune affirmation des deux camps n’a encore été examinée par le juge

Aucune des affirmations de Chad Hugo ni des arguments de Pharrell n’a été examinée par le juge. Nous avons lu la requête du 6 octobre et la deuxième plainte modifiée, mais pas la plainte initiale, la première version modifiée, ni les pièces jointes (statuts, lettres d’avocats). Les articles de Billboard sur le dossier n’ont pas été lus. Selon la plainte, EarthGang aurait confirmé, dans l’émission The Breakfast Club, la contribution de Hugo à « U Gotta » ; nous ne l’avons pas vérifié. [4][5]

Le 6 novembre, la justice ne dira pas qui a fait les Neptunes. Elle dira seulement si Chad Hugo doit d’abord dresser la liste de ce qu’il revendique.

Sources

  1. XXL — « Pharrell Wants Judge to Throw Out Chad Hugo’s Lawsuit Over Unpaid Neptunes Royalties », C. Vernon Coleman II, 9 octobre 2026
  2. AllHipHop — « EXCLUSIVE: Chad Hugo Has “No Idea” Which Songs He Wrote, Pharrell Claims As Neptunes Lawsuit Gets Bitter », Grouchy Greg Watkins, 7 octobre 2026 (présenté comme exclusif)
  3. Rolling Stone — « Pharrell Wants “Vague and Ambiguous” Chad Hugo Copyright Lawsuit Tossed », Nancy Dillon, 7 octobre 2026 (lu dans sa reprise sur Yahoo Entertainment)
  4. Tribunal fédéral du district central de Californie — Hugo v. Williams, n° 2:26-cv-00746-AB-PD, document 33 : requête de Pharrell Williams et Talamasca, Inc. en rejet de la deuxième plainte modifiée, 6 octobre 2026, 34 pages (via CourtListener / RECAP)
  5. Tribunal fédéral du district central de Californie — Hugo v. Williams, n° 2:26-cv-00746-AB-PD, document 31 : deuxième plainte modifiée de Chad Hugo, 18 septembre 2026, 22 pages (via CourtListener / RECAP)
  6. XXL — « Chad Hugo Sues Pharrell for Unpaid Neptunes Royalties, Claims Over $1 Million for N.E.R.D. Album Owed », C. Vernon Coleman II, 26 janvier 2026
  7. Black Enterprise — plainte de Chad Hugo contre Pharrell Williams, Jeroslyn JoVonn, 26 janvier 2026 (déclaration d’un représentant de Pharrell)
  8. XXL — « Chad Hugo Accuses Pharrell of Fraudulently Seeking Sole Control Over The Neptunes Trademarks », avril 2024 (d’après Billboard, 1er avril 2024)