Le Mans FC, de retour en Ligue 1 après seize ans d’absence, a annoncé le 23 septembre l’arrivée de deux anciens internationaux dans son actionnariat : le Sénégalais Idrissa Gana Gueye et le Brésilien Lucas Leiva. Ils rejoignent Thibaut Courtois, Novak Djokovic, Felipe Massa et Kevin Magnussen autour du fonds brésilien OutField. Dès le lendemain, un collectif contre les discriminations a demandé au club d’écarter Gueye et appelé au boycott. [1][2]
Ce que le club a annoncé
Dans son communiqué du 23 septembre, Le Mans FC présente Idrissa Gana Gueye comme un international sénégalais passé par le LOSC, Everton et le Paris Saint-Germain, qui a disputé la Coupe du monde 2026. Le club attend de lui qu’il renforce ses liens avec l’Afrique de l’Ouest, et d’abord le Sénégal, où le joueur vient de lancer une académie, le For Hope Campus, présentée comme une « plateforme précieuse » pour repérer de jeunes talents. Lucas Leiva, plus de 300 matchs avec Liverpool et 200 avec la Lazio, sera associé au recrutement et au développement des joueurs. [1]
Le club insiste sur un point : pour OutField, ouvrir le capital « ne consiste pas à rechercher activement des investisseurs », mais à accueillir « des profils stratégiques ». Ni le montant investi par les deux anciens joueurs ni la part du capital qu’ils détiennent ne sont indiqués. [1]
Un appel au boycott dès le lendemain
Le 24 septembre, le Collectif national contre l’homophobie, le racisme, l’antisémitisme et toutes les discriminations a demandé au Mans FC de retirer Gueye du groupe d’investisseurs et appelé au boycott du club. Dans son communiqué, cité par Foot en France, il affirme que « l’homophobie n’est pas une opinion, c’est un délit » et dénonce « le choix du cynisme financier au détriment de l’éthique et des valeurs républicaines ». Sport Buzz Business rapporte aussi l’expression de « dérive éthique majeure ». [2][3]
Le collectif vise un épisode de mai 2022. Le 14 mai, jour où la Ligue de football professionnel faisait porter aux joueurs des numéros aux couleurs de l’arc-en-ciel contre l’homophobie, Gueye, alors au PSG, n’a pas joué à Montpellier. Son entraîneur, Mauricio Pochettino, avait précisé qu’il n’était pas blessé. Selon l’AFP, reprise par Belga, il avait déjà manqué cette journée la saison précédente, en invoquant une gastro-entérite. Le conseil national de l’éthique de la FFF, sans pouvoir disciplinaire, lui avait demandé de « clarifier » sa situation. Le président sénégalais de l’époque, Macky Sall, l’avait soutenu publiquement. Le PSG avait présenté cette absence comme un choix personnel. [3][4]
Le 24 septembre, Foot en France notait que le club n’avait pas communiqué sur la polémique. Au 1er octobre, OHMAZIN n’a trouvé aucune réaction du Mans FC sur son site officiel, où le communiqué d’arrivée des deux investisseurs reste en ligne. [1][2]
OutField, un fonds brésilien qui a pris le contrôle en six mois
L’histoire actionnariale est récente. En août 2025, OutField, gestionnaire brésilien spécialisé dans le sport, est entré au capital avec Georgios Frangulis, fondateur de la chaîne de bols d’açaï Oakberry, Novak Djokovic, Felipe Massa et Kevin Magnussen. Son fondateur, Pedro Oliveira, parlait au Brazil Journal d’une participation minoritaire « significative » assortie d’un chemin vers le contrôle, pour un montant « à huit ou neuf chiffres en reais », sans plus de précision. Une partie de l’argent devait financer des loges au stade, rénover les terrains d’entraînement et couvrir l’exigence de trésorerie de la DNCG, le gendarme financier du football français. [5]
Le 19 février 2026, le club a annoncé qu’OutField devenait actionnaire majoritaire, Thierry Gomez restant président-directeur général. Thibaut Courtois est entré au capital à cette occasion, par sa société d’investissement NxtPlay Capital. Les priorités affichées : racheter à la Ville du Mans le centre d’entraînement de la Pincenardière et rouvrir dès juillet 2026 le centre de formation, fermé depuis plus de dix ans. Selon MKT Esportivo, OutField revendique plus de 800 millions de reais investis dans le sport ; Le Mans est, d’après le Brazil Journal, sa troisième prise de participation dans un club, après Maringá et Coritiba au Brésil. [5][6][7]
Des actionnaires choisis pour la marque
Le projet est pensé comme une affaire de marque. Georgios Frangulis devait devenir « chief branding officer » du club, avec l’objectif de conquérir des supporters hors de France pour vendre des maillots et organiser des événements à l’étranger. Il a lui-même fait venir Felipe Massa, déjà investisseur d’Oakberry, et Kevin Magnussen, qui exploite la franchise Oakberry au Danemark. Novak Djokovic devait conseiller le club sur le bien-être des joueurs. Après l’arrivée de Courtois, Thierry Gomez disait compter sur lui pour la notoriété de la marque « Le Mans ». [5][6]
Notre lecture : un club de cette taille ne peut pas acheter de grandes campagnes de communication. Faire entrer des sportifs célèbres au capital lui offre de la visibilité internationale et des réseaux, contre une fraction du capital dont la valeur n’est pas rendue publique. L’arrivée de Gueye ajoute un réseau en Afrique de l’Ouest. Mais un sportif-actionnaire n’est pas un partenaire que l’on remplace à la fin d’un contrat : son image engage le club dans la durée.
Un promu au petit budget dans une Ligue 1 appauvrie
Sur le terrain, la remontée a été rapide. Liquidé en 2013 et rétrogradé en sixième division, Le Mans FC a validé en mai 2026 sa montée en Ligue 1, un an après avoir quitté le National. Il l’a fait avec un budget de 9 millions d’euros en Ligue 2, le quatrième plus petit du championnat, et un effectif venu à 80 % des divisions inférieures. Le club a attiré en moyenne 12 027 spectateurs par match au stade Marie-Marvingt, deuxième affluence de Ligue 2 derrière Saint-Étienne. [8]
La Ligue 1 qu’il retrouve rapporte beaucoup moins qu’avant. Selon Le Petit Lillois, s’appuyant sur L’Équipe, les droits télévisés domestiques ont représenté 205,5 millions d’euros en 2025-2026, indemnité de départ de DAZN comprise, et devraient rester à peu près au même niveau en 2026-2027, maintenant que la chaîne de la Ligue, Ligue 1+, diffuse tous les matchs. Dans ce contexte, les revenus de billetterie, de partenariat et de vente de joueurs pèsent d’autant plus, et la marque du club avec eux. [9]
Sources
- Le Mans FC — « Le Mans FC accueille Idrissa Gana Gueye et Lucas Leiva au sein de son groupe d’investisseurs », communiqué, 23 septembre 2026
- Foot en France — « Un appel au boycott du Mans FC lancé après l’arrivée d’Idrissa Gana Gueye », Ewan L-L, 24 septembre 2026
- Sport Buzz Business — « Pourquoi l’arrivée de Gueye au capital du Mans fait polémique », Thibaut Dalegre, 25 septembre 2026
- DH Les Sports+ (Belga) — « Polémique au PSG : Idrissa Gueye sommé de s’expliquer par le conseil de l’éthique de la FFF », 18 mai 2022
- Brazil Journal — « Os brasileiros que estão comprando o Le Mans, uma aposta no futebol francês », Pedro Arbex, 1er août 2025
- ICI (ex-France Bleu) — « Football : OutField prend le contrôle du Mans FC, le gardien du Real Madrid Thibaut Courtois devient actionnaire », Yann Lastennet, 19 février 2026
- MKT Esportivo — « OutField lidera nova fase do Le Mans FC com entrada de Courtois no grupo de investidores », 19 février 2026
- ICI (ex-France Bleu) — « Budget, effectif, nombre de victoires : le Mans FC monte en Ligue 1 après une saison exceptionnelle », Léa Dubost, 11 mai 2026
- Le Petit Lillois — « Sans DAZN ni beIN Sports… Quels revenus issus des droits TV pour les clubs la saison prochaine ? », 30 avril 2026
