Le vinyle a rapporté 113 millions d’euros en France en 2025, selon le SNEP. Des presseurs y intègrent désormais une puce NFC qui ouvre, d’un geste du téléphone, des contenus, une preuve d’authenticité ou un registre de propriété. Les premiers disques existent ; reste à savoir qui contrôle ces accès après l’achat, et ce qu’ils deviennent à la revente.
Un marché du vinyle en croissance
Le vinyle n’est plus un marché de niche en France. Selon le bilan 2025 du SNEP, publié le 18 mars 2026, il a atteint 113 millions d’euros de chiffre d’affaires, en hausse d’environ 15 %, et a contribué à lui seul à un tiers de la croissance d’un marché de la musique enregistrée évalué à 1 071 millions d’euros. Le marché physique dans son ensemble a progressé de 5 %, à 205 millions d’euros.
Pour les labels, c’est un format que le public paie cher et collectionne. C’est aussi un objet muet : une fois le disque vendu, l’éditeur ne sait ni qui l’a acheté ni ce qu’il en fait. C’est ce lien manquant que les puces NFC, lisibles en approchant un smartphone, prétendent rétablir.
Des disques à puce déjà commercialisés
Aux États-Unis, le presseur Citizen Vinyl, en Caroline du Nord, commercialise depuis 2021 la technologie vinylkey. Selon RFID Journal, chaque album contient une puce NFC NXP de type NTAG 424 dont l’antenne entoure le centre du disque ; parmi les premières sorties figuraient Big Money, du rappeur Money Man, et Live from Blackalchia, de Moses Sumney. En touchant la puce, l’acheteur vérifie l’authenticité de son exemplaire et accède à une page hébergée par la plateforme, qui peut proposer téléchargements, billets ou produits dérivés, précise Citizen Vinyl.
En Europe, le fabricant Sonopress, du groupe Bertelsmann, a annoncé en septembre 2025 un partenariat avec Citizen Vinyl pour intégrer cette puce à ses disques EcoRecords. Il promet l’accès aux paroles, à des vidéos exclusives et à des titres bonus, ainsi que l’enregistrement de l’album sur une blockchain. Le produit devait être présenté au salon Making Vinyl Europe, à Haarlem, aux Pays-Bas, du 24 au 26 septembre 2025.

Le modèle « phygital » a déjà ses précédents
Le disque à puce prolonge une logique que la K-pop a popularisée : l’album vendu comme un objet mais écouté dans une application. Les Weverse Albums, édités par Weverse Company, se déverrouillent en scannant un code QR, et leurs ventes comptent dans les classements coréens Hanteo et Circle, indique la fiche de l’application. Des avis d’utilisateurs y regrettent en contrepartie que la musique ne puisse être écoutée que dans l’application de l’éditeur.
L’exemple montre à la fois l’intérêt et la limite du modèle : l’objet sert de clé, mais la valeur d’usage dépend d’un service tiers, de ses conditions et de sa durée de vie.
Revente, données, pérennité : les questions ouvertes
La revente est le point le plus sensible. Le modèle initial de vinylkey, décrit par RFID Journal en 2022, passait par un portefeuille MetaMask et des places de marché de NFT, avec un pourcentage des ventes secondaires reversé à l’artiste. La page actuelle de Citizen Vinyl mentionne l’enregistrement du nom du propriétaire sur la blockchain, mais ne détaille pas le transfert en cas de revente. Pour l’acheteur d’un disque d’occasion, la question est concrète : les contenus suivent-ils l’exemplaire ou restent-ils attachés au premier compte ?
Les données posent une autre question. Si l’activation de la puce sert à collecter des informations sur l’acheteur et que ce traitement repose sur son consentement, celui-ci doit être libre, spécifique, éclairé et univoque, et pouvoir être retiré à tout moment, rappelle la CNIL. Une activation ne mesure d’ailleurs qu’un geste sur un téléphone, pas l’écoute du disque.
Reste la pérennité. Citizen Vinyl souligne que sa plateforme permet de mettre à jour les contenus à tout moment. Ce même mécanisme rend ces contenus dépendants d’un serveur : si le service ferme, la puce ne renvoie plus vers rien, alors que le disque, lui, reste lisible.
Ce qui relève encore du scénario
Au-delà de ces cas, l’essentiel reste à démontrer. Aucune donnée publique consultée ne mesure le coût d’intégration d’une puce au pressage, son taux de défaut ou l’adoption de ces disques par les acheteurs français. L’idée d’un vinyle « évolutif », enrichi au fil des années par l’artiste, est techniquement possible, mais elle suppose un engagement du label sur la durée que rien ne garantit aujourd’hui.
L’analyse OHMAZIN : la puce n’a de valeur que si les droits d’accès sont écrits noir sur blanc au moment de la vente (durée, transfert à la revente, sort des données) et si l’hébergement survit au cycle promotionnel de l’album. Sans ces garanties, le disque connecté ajoute une dépendance à une plateforme de plus.
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