Chauffeur routier à 19 ans, Bayou Sarr a tourné ses premiers sketchs dans son camion. Ces vidéos l’ont mené sur scène, puis au cinéma, sans casting. Dans Faux Rebond, il raconte aussi l’envers : un rôle dans une série perdu, selon lui, faute d’abonnés.
Montreuil, l’humour pour exister
Dans le premier épisode de la saison 1 de Faux Rebond, publié le 9 juin 2025, Bayou Sarr raconte avoir grandi à Montreuil, en Seine-Saint-Denis, dernier d’une fratrie de cinq, dans une famille d’origine sénégalaise. Il y pratique le rugby pendant quinze ans. À l’école, l’humour lui sert à se faire une place : « pour exister, il fallait que je fasse des blagues », dit-il. Il n’imagine pas alors en faire un métier. L’épisode est soutenu par la marque de boissons énergisantes Celsius, partenaire du podcast.
Des vidéos tournées dans le camion
À 19 ans, il devient chauffeur routier, surtout en région parisienne. Levé à 3 ou 4 heures du matin, il livre des échantillons sur des chantiers et imite au téléphone, pour un ami, les accents des ouvriers qui signent ses bons de livraison. Poussé par un ami d’enfance, Florian, avec qui il forme un duo, il publie ses premiers sketchs sur Facebook, puis des vidéos tournées en selfie dans son camion, où il commente les maladresses de François Hollande, alors président. Ces vidéos lui valent une première invitation sur scène, au Montreuil Comédie.
Ses parents, attachés à la sécurité d’un emploi stable, comprennent mal qu’il veuille quitter la route pour faire rire. Il quitte pourtant son camion, devient chauffeur de salle pour des émissions de D8 et forme en 2014 un trio avec deux autres vidéastes suivis par le même producteur. Une chanson parodique sur l’actualité people de l’époque dépasse, selon lui, le million de vues en une soirée.
Un premier film sans casting
Le cinéma arrive en 2017. Le scénariste et producteur Djamel Bensalah, qui a entendu parler de lui par des amis communs, l’appelle pour un projet. Invité chez lui, Bayou Sarr se retrouve à une lecture avec d’autres comédiens, dont Samy Seghir et Steve Tran, sans être passé par un casting. Il obtient le rôle de Sekou dans Neuilly sa mère, sa mère !, réalisé par Gabriel Julien-Laferrière, tourné à partir d’octobre 2017 et sorti le 8 août 2018. À propos de ses vidéos en ligne, il résume : « Tout part de là. »

Notre lecture — Le parcours de Bayou Sarr montre comment l’audience en ligne est devenue une monnaie dans le casting. Ses vidéos lui ont ouvert la scène, puis, dit-il, le cinéma, sans passer par une audition. La même règle joue dans l’autre sens : il dit avoir été écarté d’une série faute d’abonnés. Le talent reste celui du comédien ; la mesure qui ouvre ou ferme la porte, elle, s’affiche sur un compteur d’abonnés.
Les « miettes » et l’envie d’arrêter
L’épisode insiste surtout sur la fragilité du métier. Les rôles principaux étant souvent attribués dès l’écriture, les comédiens moins connus se disputent, selon lui, « les miettes ». Il dit avoir été écarté d’une série faute d’un nombre suffisant d’abonnés sur les réseaux sociaux, et reconnaît : « plein de fois, jusqu’à il n’y a pas longtemps, j’ai voulu arrêter ». Il se dit encore réticent à se présenter comme acteur et aimerait sortir de la comédie pour un rôle dramatique ou de méchant.
Il écrit aujourd’hui des projets de séries, dont deux au stade du pilote, et envisage un spectacle seul en scène, pour lequel il ne se sent pas encore prêt. Son conseil aux plus jeunes tient en quelques mots : « Croire en soi. »
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