Après le cinéma, le sport. Lundi 5 octobre, sur RTL, le président du directoire de Canal+, Maxime Saada, a prévenu que le passage de 10 % à 20 % de la TVA sur la télévision payante, prévu par le projet de budget 2027, pourrait aussi toucher le financement du sport français. « Qui va se substituer à Canal+ pour financer le sport et le cinéma ? Vous avez vu ce que ça a donné la Ligue 1 quand Canal+ n’est pas là pour financer ? », a-t-il lancé face à Marc-Olivier Fogiel. Aucune coupe n’est annoncée : c’est un avertissement adressé aux parlementaires qui vont examiner le texte. [1][2][3]
Ce que Maxime Saada a dit
Invité de RTL Matin lundi 5 octobre, Maxime Saada a répété que Canal+ « ne pourra pas absorber un choc de 200 millions d’euros » par an en France et que la mesure « met à bas tout le financement du cinéma français et potentiellement le financement du sport ». Il s’est présenté comme « le premier financier du sport français », citant le Top 14 de rugby, la Ligue des champions et le championnat de France féminin de football. [1][2] Selon Le Petit Lillois, il a aussi affirmé que 70 % des ressources de la Ligue nationale de rugby venaient des droits versés par Canal+. [3]
Pour l’abonné, il a chiffré la répercussion à « une hausse de l’ordre de 10 % », un peu moins selon les formules, en précisant que 90 % des abonnés sont engagés sur un ou deux ans, ce qui retarderait l’effet. [6] Il juge la décision « absurde » et donc « politique », regrette de ne pas avoir été entendu par Bercy et compte convaincre les parlementaires : « Rien n’est décidé. » [7] Le volet cinéma de ce dossier (accord de 980 millions d’euros, films préachetés) est détaillé dans notre premier article.
Le texte en cause est l’article 16 du projet de loi de finances pour 2027, enregistré le 1er octobre à l’Assemblée nationale : il supprime le taux réduit de TVA des services de télévision, qui passeraient au taux normal comme les plateformes de streaming. [8] Canal+ estime le gain de l’État à moins d’un quart de son propre coût et annonce un « impact certain » sur ses contributions au sport. [9]
Qui paie le football à la télévision aujourd’hui
Le 20 novembre 2025, Canal+ a conservé pour 2027-2031 l’exclusivité en France de la Ligue des champions, de la Ligue Europa et de la Ligue Conférence. Il payait 480 millions d’euros par saison pour les trois compétitions ; le nouveau contrat serait « légèrement inférieur », autour de 450 millions selon des sources citées par l’AFP, un montant démenti par le groupe. [4] Cet argent est versé à l’UEFA, pas à la Ligue de football professionnel (LFP). [4]
Pour le championnat de France féminin, devenu Arkema Première Ligue, Canal+ a renouvelé ses droits en 2023 pour six saisons, avec deux matchs par journée sur ses chaînes ; l’ensemble des droits du football féminin vendus alors, matchs des Bleues compris, rapportait 5,3 millions d’euros par an. [10] Côté rugby, que Saada cite en premier, Canal+ a prolongé en mai 2024 le Top 14 et la Pro D2 pour 2027-2032 : 696,8 millions d’euros sur cinq saisons, 139,4 millions en moyenne par an. [5] Les 200 millions d’euros annoncés pèsent donc, à titre de comparaison, environ 1,4 fois cette facture annuelle du rugby (calcul d’OHMAZIN).
La Ligue 1, l’exemple qu’agite Canal+
La référence de Saada vise une crise que le football français n’a pas refermée. DAZN s’était engagé à payer 400 millions d’euros par an jusqu’en 2029 pour huit matchs par journée, beIN Sports environ 100 millions pour le neuvième ; faute d’abonnés (environ 650 000 contre 1,5 million espérés), la plateforme a quitté la Ligue 1 au bout d’une saison, après un accord avec la LFP en mai 2025. [11] La Ligue a alors lancé sa propre chaîne, Ligue 1+. En juin 2025, Canal+ a renoncé à la distribuer, jugeant trop élevé le prix de 20 euros par mois. [12]
En mai 2026, dans L’Équipe, Maxime Saada s’est dit prêt à distribuer Ligue 1+ dès 2026-2027, mais sans le minimum garanti « de bien plus de 100 millions d’euros » demandé par la LFP. Selon The Media Leader, la chaîne revendiquait alors 1,1 million d’utilisateurs et reversait environ 120 millions d’euros aux clubs, loin des quelque 600 millions par an apportés par Canal+ une décennie plus tôt. Saada parlait d’un « succès éditorial » mais d’un « échec économique ». [13] En août, RMC Sport comptait environ un million d’abonnés à Ligue 1+, distribuée par DAZN, Prime Video, les opérateurs et Molotov, toujours sans Canal+ ; Olivier Bramly, nouveau directeur général de LFP Media, disait être « en conversation avec l’ensemble du marché ». Un contentieux oppose toujours les deux parties. [14]
Ce que coûterait un retrait, et à qui
Pour les clubs de Ligue 1, l’effet serait indirect : Canal+ ne paie pas le championnat. La menace porte plutôt sur un retour espéré du groupe comme distributeur ou acheteur, et sur les compétitions dont il est le premier client. Le 1er octobre, LFP Media a prévenu de « répercussions significatives sur l’équilibre économique du football professionnel français », et le président de la Ligue nationale de rugby, Yann Roubert, a écrit à Emmanuel Macron : si le principal soutien financier du rugby était en difficulté, « toute la chaîne » serait touchée. [15] Nous n’avons pas trouvé de réaction publique du ministère des Sports.
Pour les abonnés, le scénario décrit par Saada est double : une hausse d’environ 10 % des abonnements et, à terme, moins d’argent pour acheter des droits. [6] Les droits déjà signés courent jusqu’en 2031 pour les coupes d’Europe et 2032 pour le rugby [4][5] : une baisse des investissements se jouerait d’abord lors des prochains appels d’offres, ou sur la Ligue 1, où rien n’est engagé. C’est notre lecture des calendriers, pas une annonce de Canal+.
Ce qui reste à trancher
Le Parlement doit examiner le projet de budget dans les semaines à venir et peut retirer ou modifier l’article 16. [7][8] Restent inconnus le rendement attendu par l’État, la date d’application, et ce que Canal+ couperait réellement : le groupe n’a annoncé aucune décision chiffrée sur le sport.
Sources
- Entrevue — « “Vous avez vu ce que donne la L1 quand Canal+ n’est pas là ?” : après le cinéma, Maxime Saada menace de couper dans les investissements sportifs », Jérôme Goulon, 5 octobre 2026
- RTL, via Orange Actualités — « Maxime Saada, président du directoire de Canal+, est face à Marc-Olivier Fogiel » (vidéo de l’entretien de RTL Matin), 5 octobre 2026
- Le Petit Lillois — « Canal+ prend la Ligue 1 en exemple pour faire pression sur le gouvernement », Raphael Marcant, 5 octobre 2026
- CB News — « Droit TV : Canal+ conserve la diffusion de la Champions League jusqu’en 2031 », Thierry Wojciak (avec AFP), 20 novembre 2025
- Puremédias — « Canal+ va continuer de diffuser le rugby : le groupe s’empare des droits du Top 14 et de la Pro D2 jusqu’en 2032 », Laura Bruneau, 22 mai 2024
- Puremédias — « “3/4 de films en moins, hausse de 10 % des abonnements” : Maxime Saada hausse le ton face à la hausse de la TVA imposée à Canal+ », Fanny Petoin, 5 octobre 2026
- Boursorama (dépêche) — « Fin du taux de TVA réduit : une décision “politique”, dénonce le patron de Canal+ », 5 octobre 2026
- Assemblée nationale — Projet de loi de finances pour 2027, n° 3210, enregistré à la présidence le 1er octobre 2026 (article 16 : taux de TVA des services de télévision)
- Groupe Canal+ — communiqué « Hausse de la TVA sur les abonnements de télévision : une attaque directe sur les activités de Canal+ en France », 1er octobre 2026
- Puremédias — « Football : M6 et France Télévisions diffuseront les matchs des Bleues hors Mondial et Euro, Canal+ garde la D1 », Florian Guadalupe, 13 juin 2023
- The Media Leader FR (avec AFP) — « Litige clos entre DAZN et la Ligue de football professionnel », 5 mai 2025
- CB News (AFP) — « Droits TV : Canal+ renonce à distribuer la chaîne de la Ligue 1 », 29 juin 2025
- The Media Leader FR — « Droits TV : Canal+ prêt à diffuser Ligue 1+ dès 2026-2027 mais refuse tout minimum garanti », mai 2026 (d’après l’entretien de Maxime Saada à L’Équipe du 11 mai 2026)
- RMC Sport, via Yahoo Actualités — « “Nous sommes en conversation avec l’ensemble du marché” : la chaîne Ligue 1+ va-t-elle enfin être distribuée sur Canal+ ? », Nicolas Pelletier, 19 août 2026
- AFP, reprise par Boursorama — « Furieux à l’idée d’une hausse de TVA, Canal+ menace de moins investir dans le cinéma et le sport », 1er octobre 2026
