Les États-Unis et le Royaume-Uni restent au cœur de l’industrie musicale, mais ils occupent une place moins dominante dans le sommet du classement d’artistes de Chartmetric. La part de leurs artistes classés « Superstar » est passée de 55,7 % en 2021 à 40,7 % dans le relevé de septembre 2026. Pour la France, la question n’est pas de récupérer automatiquement ces points : elle est de transformer des succès à l’export en carrières durables. [1][2]

Un sommet moins anglo-américain, un classement plus large

Selon Music Business Worldwide, qui a repris le rapport Global Music Pulse de Chartmetric le 23 septembre, la part cumulée des artistes américains et britanniques dans la catégorie « Superstar » s’est contractée. Dans la ventilation de Chartmetric, les États-Unis passent de 45,1 % à 33,1 % et le Royaume-Uni de 10,6 % à 7,6 % entre les deux relevés. Le résultat combiné, 40,7 %, reste considérable : il signale une redistribution relative, pas la disparition de l’influence de ces marchés. [1][2]

Le dénominateur a changé lui aussi. Le groupe étudié compte 972 artistes en 2021, contre 2 539 dans le relevé partiel de septembre 2026. Une proportion plus faible peut donc coexister avec davantage d’artistes américains et britanniques en valeur absolue. Chartmetric définit son palier « Superstar » par un score nourri de signaux provenant de seize plateformes sociales et musicales. Ce n’est ni un palmarès des recettes, ni un compteur de streams, ni une mesure directe de la taille des publics à l’étranger. [2]

La vraie bataille : convertir la visibilité en publics hors frontières

Le rapport décrit plusieurs voies de croissance. Le Mexique s’appuie sur des répertoires capables de circuler dans toute l’Amérique latine ; le Nigeria compte des apparitions dans des dizaines de classements nationaux. À l’inverse, Chartmetric montre qu’un grand marché intérieur peut produire des artistes très bien classés sans garantir une audience internationale aussi profonde. La catégorie « Superstar » donne donc un signal de puissance, mais il faut regarder séparément où les morceaux sont écoutés et combien de temps ils restent visibles. [2]

Cette distinction intéresse directement les labels et managers français. La présence d’un titre dans une playlist ou sur une plateforme ne suffit pas à bâtir une tournée, une équipe locale ou des revenus récurrents. Notre analyse : l’occasion ouverte par des goûts musicaux moins centrés sur l’anglais se joue dans la distribution, la promotion et la fidélisation de publics régionaux. Le rapport Chartmetric ne permet toutefois pas d’attribuer aux artistes français une part précise des points perdus par les États-Unis et le Royaume-Uni. [2]

Ce que les données françaises prouvent — et leurs limites

Le Centre national de la musique et le Snep ont certifié, pour l’année 2025, 758 singles et 57 albums produits en France et écoutés hors du pays, issus de 440 artistes. Les titres certifiés totalisent 50 milliards d’équivalents streams à l’international. Parmi les nouveautés certifiées, le rap représente 35 % des titres, la dance-électro 27 % et l’afro 14 %. Ces chiffres attestent une activité export ; ils ne disent pas quelle fraction du groupe « Superstar » mondial appartient à la France. [3]

Zaho de Sagazan sur scène au London Palladium en novembre 2025, devant un fond violet.
Zaho de Sagazan au London Palladium, le 11 novembre 2025. Le CNM relève deux singles et son album certifiés or à l’export pour 2025.Raph_PH / Wikimedia Commons — photographie de 2025, redimensionnée par OHMAZIN · CC BY 4.0

Deux trajectoires éclairent la variété de cet export. Le CNM cite le single « NINAO » de Gims, certifié deux fois diamant à l’étranger, et les deux singles ainsi que l’album de Zaho de Sagazan certifiés or. Le premier incarne la force d’un catalogue populaire francophone ; la seconde, celle d’un projet qui voyage aussi par la scène. Leurs photos illustrent ces parcours documentés, pas une appartenance vérifiée au palier « Superstar » de Chartmetric. [3]

Il faut également lire les certifications avec leur mode de collecte. Les labels soumettent leurs projets à l’appel du CNM, qui souligne une participation plus large et des dépôts plus systématiques. Une hausse des dossiers certifiés peut refléter à la fois davantage d’écoutes et une meilleure couverture administrative. On ne peut ni la convertir directement en part de marché mondiale ni la comparer terme à terme avec l’indicateur Chartmetric. [3]

Ce qu’il faut suivre pour juger d’un véritable basculement

Le mouvement mérite un suivi plus précis qu’un seul pourcentage. Chartmetric a modifié en 2023 sa méthode de classement des étapes de carrière ; le relevé 2026 est arrêté au 13 septembre et exclut les artistes dont le pays n’est pas renseigné. La comparaison longue est utile pour poser une question, mais elle ne constitue pas une série parfaitement homogène. Une prochaine lecture devra vérifier si les nouvelles cohortes maintiennent leur audience hors de leur marché d’origine et si leur présence s’accompagne de revenus, de concerts et de catalogues qui tiennent dans le temps. [2]

Pour la France, les prochaines certifications export et les données de consommation par pays seront plus instructives qu’un classement global pris isolément. Si le rap, l’électro ou la pop française poursuivent leur circulation, il faudra identifier les marchés où l’écoute devient régulière, les partenariats de distribution qui l’accompagnent et les artistes capables d’y retourner. C’est là que se mesure un export durable ; le recul relatif de deux pays dans un palier statistique n’en fournit pas, à lui seul, la preuve. [2][3]

Sources

  1. Music Business Worldwide — analyse des données Chartmetric, 23 septembre 2026
  2. Chartmetric — Global Music Pulse 2026, données et méthodologie
  3. Centre national de la musique — certifications export 2025, 21 mai 2026