Depuis le 23 septembre, les abonnés Premium américains peuvent voir comment Spotify interprète leurs goûts et lui demander, en langage courant, plus ou moins d’un genre, d’un artiste ou d’une ambiance. Baptisée Taste Profile, cette bêta déplace une part du pilotage de la recommandation vers l’auditeur. Aucune date n’est annoncée pour la France. [1][2]
Ce que l’auditeur peut désormais dire à Spotify
Spotify a annoncé le 23 septembre l’extension de sa bêta aux États-Unis. Taste Profile réunit, dans le profil de l’utilisateur, la lecture que fait le service de ses écoutes de musique, de podcasts et de livres audio. Dans la rubrique « Tell us more », l’abonné écrit ce qu’il veut entendre davantage, ce qu’il a dépassé ou ce qu’il souhaite explorer : du rock alternatif des années 1990, de la pop indépendante récente, des podcasts technologiques ou de la musique pour le sport. Selon Spotify, les changements apparaissent généralement en quelques heures. [1]
TechCrunch précise que la fonction agit sur Discover Weekly, sur les recommandations « Made for You » et jusqu’à Wrapped, le bilan annuel de l’écoute. Digital Music News ajoute qu’elle permet de sortir des recommandations des contenus écoutés souvent mais non désirés, comme les sons pour dormir ou la musique pour enfants. Les textes de Spotify, eux, parlent surtout de la page d’accueil de l’application. [2][3]
Un test néo-zélandais depuis le printemps
L’outil avait été présenté en mars à SXSW, à Austin, par Gustav Söderström, codirecteur général de Spotify, avant une bêta ouverte aux abonnés Premium néo-zélandais. L’entreprise décrivait alors un profil qui tient compte du contexte d’écoute, comme les séances de sport ou les trajets, et que l’auditeur peut corriger lorsqu’il ne s’y reconnaît pas. [4]
La fiche d’aide fixe aussi des limites. Taste Profile ne peut pas agir à la place de l’utilisateur, par exemple suivre un artiste, ni appliquer des règles absolues du type « toujours montrer » ou « ne jamais montrer ». Il fonctionne en anglais et en espagnol. Il s’ajoute à une option plus ancienne : exclure un titre ou une playlist de son profil de goût. [5]
Pour les labels, un auditeur qui répond
Pour les équipes marketing, le changement est concret. Une campagne peut déclencher des écoutes ; l’auditeur peut désormais dire explicitement qu’il ne veut plus de ce genre ou de cette ambiance dans ses recommandations. Ce signal déclaré s’ajoute au comportement d’écoute, et Spotify ne dit pas quel poids il lui accorde. [2][3]
Le contraste est net avec Discovery Mode, l’outil par lequel un artiste ou un label signale à Spotify les titres qu’il souhaite voir recommandés. Spotify précise que ce signal augmente la probabilité de recommandation sans la garantir, et qu’il prélève en échange une commission sur les écoutes générées dans les contextes concernés. D’un côté, le catalogue pousse ; de l’autre, l’auditeur corrige. Comment les deux signaux se combinent n’est pas documenté. [6]
La question rejoint celle que nous posions à propos de SoundCloud et de First Fans : être proposé à un auditeur ne suffit pas à s’en faire un fan. Un profil orientable peut aider des artistes de niche à atteindre un public qui les demande, ou enfermer davantage l’auditeur dans ce qu’il sait déjà aimer. Aucune donnée publique ne permet encore de trancher.
En Europe, la transparence des recommandations est déjà une obligation
Le règlement européen sur les services numériques (DSA) impose aux plateformes en ligne qui utilisent des systèmes de recommandation d’exposer, dans leurs conditions générales et en langage clair, les principaux paramètres de ces systèmes, ainsi que les options permettant aux utilisateurs de les modifier ou de les influencer. [7]
Spotify publie des rapports de transparence au titre du DSA pour ses services intermédiaires dans l’Union, dont l’application principale, Spotify for Creators et Spotify for Artists. Son rapport sur 2025 précise toutefois qu’il porte sur les contenus d’utilisateurs, comme les podcasts ou les titres de playlists, et non sur le catalogue sous licence des maisons de disques. Taste Profile n’est aujourd’hui ouvert qu’aux États-Unis et en Nouvelle-Zélande : Spotify n’a annoncé aucune date pour la France ni pour l’Europe. [8][1]
Analyse OHMAZIN : l’algorithme devient une conversation
Notre lecture : Spotify fait de la transparence de sa recommandation un avantage réservé à ses abonnés payants. Si les auditeurs les plus engagés orientent eux-mêmes leur profil, la découverte dépendra davantage de ce qu’ils savent demander. Les labels ont donc intérêt à décrire clairement le genre et l’ambiance de leurs sorties : c’est désormais la langue dans laquelle l’auditeur parle à l’algorithme. À surveiller : l’ouverture à d’autres pays, les données que Spotify partagera sur l’usage réel de la fonction et son effet sur la diversité des écoutes.
Sources
- Spotify — « Spotify Expands Taste Profile Beta, Giving U.S. Premium Users More Say Over Recommendations », 23 septembre 2026
- TechCrunch — Sarah Perez, « Spotify is giving you the keys to its recommendation algorithm with U.S. launch of Taste Profile », 23 septembre 2026
- Digital Music News — Ashley King, extension de Taste Profile aux États-Unis, 24 septembre 2026
- Spotify Newsroom — présentation de la bêta Taste Profile à SXSW, 13 mars 2026
- Spotify Support — fiche d’aide « Taste Profile »
- Spotify for Artists — présentation de Discovery Mode
- EUR-Lex — règlement (UE) 2022/2065 sur les services numériques (DSA), article 27
- Spotify — rapport de transparence DSA 2025, introduction, 27 février 2026
