Le 21 septembre, Nike a quitté le S&P 100, l’indice qui réunit les cent plus grosses capitalisations de la Bourse américaine, après près de dix-huit ans de présence. Sa valeur boursière a fondu de 78 % depuis son record de 2021. [1][2] Ce jeudi 1er octobre, vers 22 h 15 à Paris, la marque publie les résultats de son premier trimestre fiscal 2027. [3] Une semaine plus tôt, Bank of America conseillait de vendre le titre. [4]
Sortie du S&P 100 : un symbole, pas une vente forcée
S&P Dow Jones Indices l’a annoncé le 4 septembre : Nike, Honeywell Aerospace, Simon Property Group et Colgate-Palmolive quittent le S&P 100 avant l’ouverture de la séance du 21 septembre. Ils sont remplacés par quatre valeurs technologiques, Dell Technologies, Palo Alto Networks, Arista Networks et Sandisk, lors du rééquilibrage trimestriel, qui vise à ce que chaque indice reflète au mieux sa tranche de capitalisation. [1]
Selon Fortune, Nike valait environ 57 milliards de dollars début septembre, à près de 38 dollars l’action, contre 264 milliards et 179,10 dollars à son sommet de novembre 2021. La marque reste dans le S&P 500, précise le magazine. Le signal est d’abord symbolique : Nike ne fait plus partie des cent plus grosses entreprises cotées aux États-Unis, et les quatre places libérées vont à la technologie. [2]
Résultats du 1er octobre : ce que Nike a déjà annoncé
Nike publie ses comptes du trimestre de juin à août ce jeudi vers 13 h 15, heure de Portland (22 h 15 à Paris), avant une conférence avec les analystes à 14 h (23 h à Paris). [3]
L’exercice 2026, clos le 31 mai, s’est terminé sur un chiffre d’affaires de 46,4 milliards de dollars, stable en données publiées et en baisse de 2 % à taux de change constants. Converse a reculé de 31 %, à 1,2 milliard. Au quatrième trimestre, à changes constants, les ventes ont baissé de 17 % en Grande Chine et de 6 % dans la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique (EMEA). [5]
Le 30 juin, Matthew Friend, alors directeur financier, a prévenu : au premier trimestre, le chiffre d’affaires reculera « de façon faible à moyenne à un chiffre », c’est-à-dire de quelques points, sans soutien des changes, et la marge brute progressera « légèrement ». Le groupe a réduit ses achats et ses livraisons aux revendeurs pour écouler les stocks, quitte à vendre moins. Il prévoit des frais généraux stables, mais des dépenses de marketing en hausse pour la Coupe du monde. [6]
L’exercice a aussi profité d’un gain exceptionnel de 986 millions de dollars : des droits de douane payés au titre de l’IEEPA, la loi américaine sur les pouvoirs économiques d’urgence, dont Nike juge désormais le remboursement probable. Sans ce gain, la marge brute du quatrième trimestre aurait été de 40,2 %, et non de 49,2 %. [6]
Les analystes attendent en moyenne environ 11,32 milliards de dollars de chiffre d’affaires, en baisse d’environ 3 % sur un an, et un bénéfice par action ajusté d’environ 0,43 dollar, selon la note d’avant-résultats d’IG publiée le 30 septembre. [7]
Un nouveau directeur financier, une Bourse qui décroche
Le 23 juin, Nike a annoncé l’arrivée de David Denton au poste de directeur financier à partir du 17 août. Il occupait la même fonction chez Pfizer depuis 2022, après Lowe’s et CVS Health. Matthew Friend a quitté le groupe le 4 septembre. « C’est un moment naturel pour une transition, alors que nous passons des actions de fond à une croissance durable », déclarait alors Elliott Hill. Les comptes du 1er octobre sont les premiers publiés depuis le départ de Matthew Friend. [8]
Le 25 septembre, Bank of America a abaissé sa recommandation sur Nike à « sous-performance », avec un objectif de cours ramené de 47 à 30 dollars. « Les risques augmentent », écrit l’analyste Lorraine Hutchinson. Elle prévoit des ventes en baisse jusqu’à la fin de l’exercice 2027, en mai prochain, au lieu d’un redémarrage au printemps, et relève que le dividende dépasse désormais 100 % des bénéfices. Selon CNBC, cinq analystes ont dégradé le titre depuis début août et 26 des 44 qui le suivent conseillent de le conserver, d’après les données LSEG. L’action a perdu 47 % en un an. [4]
Europe : moins de promotions, plus de place pour les revendeurs
C’est la partie qui concerne le plus les acheteurs français. Nike ne publie pas de chiffres par pays, mais en EMEA, au quatrième trimestre, ses ventes directes ont reculé de 16 %, dont 24 % pour le numérique. Le groupe dit avoir réduit de plus de moitié ses ventes dans les circuits de déstockage, en limitant les promotions, ce qui a fait gagner 15 points à la part de produits vendus au prix fort. Les stocks restent élevés en Europe, et Nike a réduit ses commandes pour les écouler. [6]
Pour le consommateur, cette stratégie signifie en principe moins de remises sur le site de Nike et moins de paires bradées, au moins le temps que les stocks se résorbent. Pour les revendeurs multimarques, Elliott Hill dit « reconstruire » les relations : Nike a rénové plus de 15 000 espaces chez ses distributeurs dans le monde et ses ventes en gros ont progressé de 4 % sur l’exercice. Aux États-Unis, ses ventes chez Foot Locker sont reparties à la hausse pour la première fois en quatre ans. [6]
Le point fort reste la course à pied : cinq trimestres de croissance à deux chiffres, environ un milliard de dollars de ventes supplémentaires et cinq points de part de marché gagnés en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord sur les modèles phares. [6] Le 30 septembre, Nike a présenté son « système de vitesse » pour les courses sur route : l’Alphafly 4 sort en octobre, la Nike Apex en janvier 2027 et la Swooshfly en février 2027, sur son site et chez certains revendeurs. [9]
Qui paie le redressement
Les actionnaires d’abord, avec un cours divisé par près de cinq depuis 2021. [2] Les salariés ensuite : Nike a passé près de 400 millions de dollars de charges de licenciement sur l’exercice 2026, notamment dans sa logistique en Amérique du Nord et en EMEA. Les revendeurs, qui reçoivent moins de marchandise, et la Chine, où le groupe écoule ses stocks avec ses partenaires et prévoit à court terme une tendance « en ligne avec les performances récentes ». « Les résultats ne sont pas encore là », reconnaissait Elliott Hill en juin, avant d’ajouter : « À partir de maintenant, nous devons le prouver à chaque saison. » [6]
Sources
- S&P Dow Jones Indices — « Bloom Energy, Illumina, and Everpure Set to Join S&P 500; Others to Join S&P 100, S&P MidCap 400, and S&P SmallCap 600 », communiqué, 4 septembre 2026
- Fortune — « Nike exits the S&P 100 after 18 years and a $200 billion market-cap wipeout », Joshua Hong, 8 septembre 2026
- NIKE, Inc. — « NIKE, Inc. Announces First Quarter Fiscal 2027 Earnings and Conference Call », communiqué, 28 août 2026
- CNBC — « 'Risks are rising' for Nike's turnaround, Bank of America says. Sell shares now », Liz Napolitano, 25 septembre 2026
- NIKE, Inc. — résultats du quatrième trimestre et de l’exercice 2026, communiqué déposé auprès de la SEC (8-K, pièce 99.1), 30 juin 2026
- NIKE, Inc. — transcription officielle de la conférence sur les résultats du quatrième trimestre 2026 (Elliott Hill, Matthew Friend), 30 juin 2026
- IG — « Nike earnings preview: can the turnaround finally gain traction? », Axel Rudolph, 30 septembre 2026
- NIKE, Inc. — « NIKE, Inc. Announces Planned CFO Transition », communiqué déposé auprès de la SEC (8-K), 23 juin 2026
- NIKE, Inc. — « Nike Debuts a Race-Day System of Speed Designed for Every Runner », newsroom, 30 septembre 2026
