Une étoile, deux premières
Mardi 18 août, 11 h 30 à Los Angeles. Devant le 7011 Hollywood Boulevard, face à l’historique Hollywood Roosevelt Hotel, Angélique Kidjo dévoile la 2 854e étoile du Walk of Fame, catégorie « Recording ». La Chambre de commerce d’Hollywood la présente comme la première musicienne africaine et la première personne noire africaine à recevoir cette distinction.
À ses côtés : l’acteur Willem Dafoe et Harvey Mason Jr., patron de la Recording Academy, l’institution des Grammy Awards. Puis la chanteuse béninoise, cinq Grammy au compteur, prend le micro. Et elle parle d’un continent plutôt que d’elle-même. « Nous, Africains, ne savons pas ce que nous avons donné au monde », lance-t-elle, avant la phrase qui reste : « Sans nous, aucune musique n’est possible sur cette planète », a rapporté l’agence AP.
Quarante ans de route
La phrase pèse parce qu’elle vient d’elle. Née en 1960, élevée à Cotonou, Angélique Kidjo quitte le Bénin au début des années 1980, poussée par le climat politique, et s’installe à Paris, retrace le Polar Music Prize, qui l’a couronnée en 2023. Ambassadrice de bonne volonté de l’UNICEF, elle a aussi fondé Batonga, qui accompagne l’éducation et l’autonomie des filles au Bénin et au Sénégal.
Son 18e album, HOPE!!, sorti le 24 avril chez Parlophone (Warner Music), réunit Pharrell Williams, Quavo, Ayra Starr, Davido ou Nile Rodgers. Le casting raconte sa place : la légende qui a ouvert la route et la nouvelle génération africaine, sur le même disque.

Une étoile à 85 000 dollars
Le Walk of Fame n’est pas un musée. Il est géré, pour le compte de la ville de Los Angeles, par la Chambre de commerce d’Hollywood, une organisation d’entreprises qui revendique près de 700 membres. Les lauréats sont choisis par un comité de pairs. Mais l’étoile se paie : 85 000 dollars versés par un sponsor une fois le lauréat sélectionné, indique la foire aux questions officielle, pour fabriquer et poser l’étoile et entretenir l’allée. Le nom de celui qui a réglé la facture pour Angélique Kidjo n’a pas été communiqué.
Notre lecture — L’étoile est un honneur, et aussi un produit. Une trentaine de lauréats sont choisis chaque année, selon la Chambre : à 85 000 dollars pièce, cela fait entrer de l’ordre de 2,5 millions de dollars par an pour fabriquer, poser et entretenir les étoiles (calcul OHMAZIN). La cérémonie, elle, est diffusée en direct sur le site du Walk of Fame. Pour le sponsor, c’est une photo qui fait le tour du monde. Pour Hollywood, c’est tout un continent de fans qui regarde enfin vers son trottoir.
L’Afrique crée, d’autres encaissent
La phrase de Kidjo a aussi un fond économique. Selon l’IFPI, la fédération mondiale de l’industrie du disque, les revenus de la musique enregistrée en Afrique subsaharienne ont bondi de 15,2 % en 2025, à 120 millions de dollars. Une des régions qui grandissent le plus vite. Mais c’est moins de 0,4 % des 31,7 milliards de dollars du marché mondial, et l’Afrique du Sud en pèse à elle seule 78,1 %.
Ces chiffres comptent l’argent là où la musique est payée, pas là où elle est née. Un titre africain streamé à Londres, Paris ou New York gonfle les revenus de ces marchés, où sont installées les plateformes et les majors. Angélique Kidjo elle-même sort ses disques chez Parlophone, label de Warner Music. Le son vient d’Afrique ; une grande partie de l’argent se compte ailleurs.
Et en France ?
Paris, c’est sa première base. Elle y arrive au début des années 1980, et c’est entre Paris et Los Angeles qu’elle a enregistré HOPE!!. Le disque invite deux voix françaises : Florent Pagny sur « Malaika » et Dadju sur « Superwoman ». En 2024, elle a chanté pour la réouverture de Notre-Dame de Paris, et sa tournée 2026 passait par l’Olympia le 12 mai, selon l’annonce de l’album.
Deux mois après Hollywood, elle était sur une scène française : le 23 octobre, elle a joué Symphonie africaine à la Halle aux Grains de Toulouse, sous la direction de Chris Cameron. Et mercredi 4 novembre à 23 h 15, France 4 diffuse la version captée à la Philharmonie de Paris avec l’Orchestre national d’Île-de-France : Miriam Makeba, Fela Kuti, Youssou N’Dour, Rema et Burna Boy revisités en grand orchestre.
Une étoile en terrazzo à Los Angeles, un orchestre symphonique en France. Prochain rendez-vous : France 4, le 4 novembre.
Sources
- Hollywood Walk of Fame (Hollywood Chamber of Commerce) — communiqué « Hollywood Chamber of Commerce to honor musician Angélique Kidjo with star on the Walk of Fame », août 2026 (lu via la copie de l’Internet Archive du 27 septembre 2026), et fiche de l’étoile
- Hollywood Walk of Fame — foire aux questions officielle (prix d’une étoile, sélection), consultée via la copie de l’Internet Archive du 28 septembre 2026
- Africanews avec l’agence AP — « Angélique Kidjo makes history as first Black African honoured on Hollywood Walk of Fame », 19 août 2026
- Shore Fire Media (attachée de presse de l’artiste) — « Angélique Kidjo announces new album HOPE!! », 6 mars 2026
- IFPI — « Global Music Report 2026: Global recorded music revenues grow 6.4% as record companies drive innovation », 18 mars 2026
- Polar Music Prize — fiche lauréate Angélique Kidjo (2023), consultée le 23 octobre 2026
- Toulouse Métropole — agenda « Symphonie africaine », Halle aux Grains, 23 octobre 2026
- France Télévisions — communiqué de presse du 13 octobre 2026 (« Symphonie africaine », France 4, 4 novembre)






