Ce que finance l’enveloppe de 670 millions
Le montant annoncé ne correspond pas au seul coût du bâtiment. Selon le Met, les 670 millions de dollars réunis couvrent l’intégralité du coût de construction et une part importante d’une nouvelle dotation destinée au fonctionnement de l’aile. The Art Newspaper et 6sqft font la même lecture. Oscar L. Tang et H. M. Agnes Hsu-Tang, qui donnent leur nom à l’aile, ont apporté 125 millions de dollars, présentés comme le plus important don en numéraire de l’histoire du musée.
Cette répartition entre investissement et fonctionnement est le vrai sujet financier. Ouvrir des salles engage un musée pour des décennies : conservation, sécurité, médiation, entretien. Les sources consultées ne détaillent pas la somme exacte affectée à la dotation, ce qui empêche de mesurer ce que l’enveloppe garantit pour les années qui suivront l’ouverture.
Cinq niveaux et 50 % de surface d’exposition en plus
L’aile remplacera l’aile Lila Acheson Wallace, à l’angle sud-ouest du musée, du côté de Central Park, selon 6sqft. Elle comptera cinq niveaux et environ 11 700 m² (126 000 pieds carrés), d’après The Art Newspaper. Le Met annonce environ 6 460 m² (69 500 pieds carrés) de surfaces d’exposition, soit près de 50 % de plus que dans la configuration précédente, à l’intérieur de l’emprise existante. S’y ajouteront environ 1 700 m² (18 500 pieds carrés) de terrasses.
Frida Escobedo est la première femme à concevoir une aile du Met en 156 ans d’histoire, souligne The Art Newspaper. Pour le directeur du musée, Max Hollein, cité par le même journal, l’aile n’est pas seulement un gain de place, mais « une nouvelle manière de voir » l’art récent en dialogue avec le reste des collections.

Notre lecture — Ce chantier montre qui tient les clés d’un grand musée américain. Les donateurs d’abord : 125 millions de dollars, le plus important don en numéraire de l’histoire du Met, et leur nom sur l’aile. L’architecte ensuite : Frida Escobedo signe à la fois le Met et la rénovation du Centre Pompidou, deux vitrines pour une même signature. Selon nous, le vrai gage de durée reste la dotation, dont le montant exact n’est pas publié : c’est elle qui dira si l’aile vivra au-delà de son inauguration.
Une façade filtrante et des salles modulables
Les intentions architecturales ont été présentées par Max Hollein en décembre 2024 : des galeries de tailles et de hauteurs variées, une façade en calcaire faisant office de filtre et de nouveaux liens avec les terrasses et Central Park. Selon 6sqft, cette façade s’inspire des celosías, les claustras de l’architecture mexicaine, et reste majoritairement opaque pour protéger les œuvres d’une lumière excessive : environ 10 % de verre transparent, 10 % de treillis de pierre et 80 % de parois pleines. Le jardin sur le toit doit passer d’environ 700 à 930 m² (7 500 à 10 000 pieds carrés).
Le département d’art moderne et contemporain du Met couvre la période de 1890 à aujourd’hui : peinture, sculpture et œuvres sur papier, mais aussi design, installations et œuvres vidéo. Il dit développer ses collections liées à l’Amérique latine, à l’Asie, au Moyen-Orient, à l’Afrique du Nord et aux diasporas africaines. Le Met associe aussi le projet à des objectifs d’accessibilité et de durabilité, qui ne pourront être évalués qu’à l’ouverture.
2030, l’échéance commune du Met et du Centre Pompidou
Le calendrier croise celui de Paris. Le Centre Pompidou a fermé au public le 22 septembre 2025 pour cinq ans de travaux : désamiantage, mise aux normes, performance énergétique et accessibilité. Sa réouverture est prévue en 2030. Le projet architectural est confié à Moreau Kusunoki et à Frida Escobedo Studio, avec AIA Life Designers pour la partie technique. Pendant la fermeture, les collections circulent en France et à l’étranger dans le cadre du programme « Constellation ».
Les deux chantiers ne se comparent pas terme à terme : l’un crée une aile neuve dans un musée ouvert, l’autre rénove un bâtiment fermé. Ils placent toutefois la même architecte au cœur de deux grandes institutions d’art moderne, à New York et à Paris, avec la même échéance.
Pour le Met, les questions restent ouvertes jusqu’en 2030 : quelles œuvres seront exposées durablement, comment l’art du XXe et du XXIe siècle dialoguera avec les cinq millénaires de collections du musée, et si la dotation suffira à faire vivre ces nouvelles salles.
Sources
- The Met — The Met Breaks Ground on New Modern and Contemporary Art Wing, communiqué du 15 septembre 2026
- The Art Newspaper — Metropolitan Museum breaks ground on long-awaited new wing for Modern and contemporary art, Elena Goukassian, 16 septembre 2026
- 6sqft — The Met breaks ground on Frida Escobedo’s new wing for modern and contemporary art, Devin Gannon, 16 septembre 2026
- The Met — A First Look at the Designs for The Met’s New Modern and Contemporary Art Wing, Max Hollein, 10 décembre 2024
- The Met — département d’art moderne et contemporain
- The Met — The Tang Wing, présentation officielle du projet
- Centre Pompidou — 2025-2030, le Centre Pompidou se métamorphose






