En mars 2026, Deezer a porté son Women Chart dans six pays supplémentaires. Ce classement mensuel de 50 titres interprétés par des artistes féminines existait déjà depuis un an dans sept marchés et à l’échelle mondiale. Son extension ouvre une vitrine plus large ; elle ne démontre pas encore que les écoutes, les revenus ou la place des nouvelles venues ont changé. C’est cette différence entre exposition et effet réel qui mérite d’être suivie. [1][2]

Treize marchés, un classement aux règles précises

Lancé en mars 2025, le Women Chart publie chaque mois les 50 titres les plus écoutés d’artistes féminines ou qui s’identifient comme femmes. Les premières éditions couvraient la France, l’Allemagne, l’Argentine, le Brésil, le Chili, la Colombie et le Mexique, ainsi qu’un classement mondial. Depuis mars 2026, la Serbie, la Bulgarie, les Pays-Bas, le Danemark, la Croatie et la Pologne ont rejoint le dispositif. On compte donc treize marchés nationaux annoncés, plus la déclinaison mondiale. [1][2]

La mécanique est importante : il s’agit d’un palmarès établi à partir des écoutes sur Deezer, pas d’une sélection qui garantit qu’une chanson sera recommandée à tous les abonnés. La plateforme associe aussi cette initiative à des playlists et à une version de Flow, son système de recommandations personnalisées, consacrée aux artistes féminines. Le classement montre ce qui est déjà écouté ; ces espaces éditoriaux et algorithmiques peuvent, eux, influencer ce qui sera découvert ensuite. Les annonces de Deezer ne mesurent pas séparément leur contribution respective. [1][2]

Theodora et MOLIY, deux visages d’un palmarès qui circule

Billboard France rapporte que Theodora a placé cinq titres dans les éditions 2025 du Women Chart. Dans son entretien avec la responsable éditoriale du projet chez Deezer, le média cite également le parcours mondial de « Shake It To The Max » de MOLIY. Ces exemples rendent le classement concret : une artiste francophone et une artiste dont le titre traverse plusieurs scènes musicales peuvent y apparaître. Ils ne constituent toutefois ni une preuve que le chart a créé leur succès, ni une mesure du nombre de nouveaux auditeurs qu’il leur a apportés. Les deux portraits présentés ici sont des archives d’événements distincts, pas des photos de Deezer. [5]

La chanteuse MOLIY photographiée en coulisses au festival Essence à La Nouvelle-Orléans en 2025.
MOLIY au festival Essence, à La Nouvelle-Orléans, le 5 juillet 2025. Photo d’archive, extérieure au Women Chart.Cameron Woods / WikiPortraits — Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0 — photo d'archive redimensionnée

Ce point évite une confusion fréquente dans la communication des plateformes : figurer dans un palmarès et être découvert grâce à lui sont deux faits différents. Une artiste déjà très écoutée a mécaniquement davantage de chances d’entrer dans un top fondé sur le volume. L’intérêt éditorial du dispositif dépendra aussi de sa capacité à faire circuler des noms moins installés. Le simple nombre de pays ouverts ne permet pas de juger cet effet. Notre analyse porte sur la méthode annoncée ; Deezer n’a pas publié, dans les sources examinées, de comparaison entre artistes classées et artistes non classées. [1][2]

Le chiffre de 27 % ne prouve pas un effet du classement

Deezer indique que, dans son récapitulatif de février 2026, la part moyenne d’écoute consacrée aux artistes féminines atteignait 27 %. La plateforme avait publié 26 % pour septembre 2025. L’écart est d’un point de pourcentage entre ces deux relevés. Il décrit les habitudes observées sur Deezer à deux moments différents ; il ne dit pas quelle part de l’évolution vient du Women Chart, de l’actualité musicale, d’une campagne éditoriale ou d’autres facteurs. [2][3]

Il serait tout aussi trompeur de juxtaposer directement ce 27 % à l’indicateur du Centre national de la musique. Le CNM relève, pour 2023, 18 % de titres à lead féminin dans les 10 000 titres de son périmètre étudié. Les années, les populations observées et les mesures ne sont pas les mêmes : une part de temps d’écoute sur un service ne se compare pas sans précaution à une part de titres dans un classement agrégé. Le rapport du CNM confirme un problème de représentation dans le secteur ; il ne permet pas de calculer le résultat du dispositif Deezer. [4]

Ce qu’il faudra demander à Deezer

Pour savoir si ce classement change réellement la donne, il faudrait connaître sa fréquentation, les écoutes déclenchées depuis ses pages et le nombre d’artistes qui y entrent pour la première fois. La répartition des places entre vedettes et artistes moins exposées compterait autant que le volume global. Les effets devraient aussi être examinés marché par marché : une même vitrine n’a pas la même portée en France, au Brésil ou en Pologne. Ce sont des indicateurs de suivi proposés par OHMAZIN, pas des résultats déjà publiés. [1][2]

L’autre enjeu concerne les artistes elles-mêmes. Une apparition dans le top peut servir de signal à des programmateurs, labels ou médias ; elle ne garantit ni rémunération supplémentaire ni carrière durable. Deezer a posé un choix éditorial identifiable et l’a étendu. La prochaine étape, pour juger sa portée plutôt que son intention, serait de publier des données permettant de distinguer visibilité, découverte puis écoute répétée. En leur absence, le Women Chart reste une initiative observable, mais son impact demeure à établir.

Sources

  1. Deezer — annonce du lancement du Women Chart, 6 mars 2025
  2. Deezer — extension du Women Chart, 6 mars 2026
  3. Deezer — part d'écoute des artistes féminines en septembre 2025
  4. Centre national de la musique — état des lieux sur la place des femmes dans la filière
  5. Billboard France — exemples d'artistes et entretien exclusif sur le Women Chart