Treize marchés, un classement aux règles précises
Lancé en mars 2025, le Women Chart publie chaque mois les 50 titres les plus écoutés d’artistes féminines ou qui s’identifient comme femmes. Les premières éditions couvraient la France, l’Allemagne, l’Argentine, le Brésil, le Chili, la Colombie et le Mexique, ainsi qu’un classement mondial. Depuis mars 2026, la Serbie, la Bulgarie, les Pays-Bas, le Danemark, la Croatie et la Pologne ont rejoint le dispositif. On compte donc treize marchés nationaux annoncés, plus la déclinaison mondiale.
La mécanique est importante : il s’agit d’un palmarès établi à partir des écoutes sur Deezer, pas d’une sélection qui garantit qu’une chanson sera recommandée à tous les abonnés. La plateforme associe aussi cette initiative à des playlists et à une version de Flow, son système de recommandations personnalisées, consacrée aux artistes féminines. Le classement montre ce qui est déjà écouté ; ces espaces éditoriaux et algorithmiques peuvent, eux, influencer ce qui sera découvert ensuite. Les annonces de Deezer ne mesurent pas séparément leur contribution respective.
Theodora et MOLIY, deux visages d’un palmarès qui circule
Billboard France rapporte que Theodora a placé cinq titres dans les éditions 2025 du Women Chart. Selon News Tank Culture, son morceau « Des mythos » figurait encore parmi les entrées du top 20 France de février 2026, à la cinquième place. Dans son entretien avec la responsable éditoriale du projet chez Deezer, Billboard France cite également le parcours mondial de « Shake It To The Max » de MOLIY. Ces exemples rendent le classement concret ; ils ne prouvent ni que le chart a créé ces succès, ni combien de nouveaux auditeurs il a apportés. Les deux portraits présentés ici sont des archives d’événements distincts, pas des photos de Deezer.

Ce point évite une confusion fréquente dans la communication des plateformes : figurer dans un palmarès et être découvert grâce à lui sont deux faits différents. Une artiste déjà très écoutée a mécaniquement davantage de chances d’entrer dans un top fondé sur le volume. L’intérêt éditorial du dispositif dépendra aussi de sa capacité à faire circuler des noms moins installés. Le simple nombre de pays ouverts ne permet pas de juger cet effet. Notre analyse porte sur la méthode annoncée ; Deezer n’a pas publié, dans les sources examinées, de comparaison entre artistes classées et artistes non classées.

Le chiffre de 27 % ne prouve pas un effet du classement
Deezer indique que, dans son récapitulatif de février 2026, la part moyenne d’écoute consacrée aux artistes féminines atteignait 27 %. La plateforme avait publié 26 % pour septembre 2025. L’écart est d’un point de pourcentage entre ces deux relevés. Le média spécialisé Music Ally en tirait dès le 9 mars une lecture prudente : six mois après la publication du premier chiffre, l’effet sur les habitudes d’écoute restait, selon lui, limité. Ce relevé ne dit pas quelle part de l’évolution vient du Women Chart, de l’actualité musicale, d’une campagne éditoriale ou d’autres facteurs.
Il serait tout aussi trompeur de juxtaposer directement ce 27 % à l’indicateur du Centre national de la musique. Le CNM relève, pour 2023, 18 % de titres à lead féminin dans les 10 000 titres de son périmètre étudié. Les années, les populations observées et les mesures ne sont pas les mêmes : une part de temps d’écoute sur un service ne se compare pas sans précaution à une part de titres dans un classement agrégé. Le rapport du CNM confirme un problème de représentation dans le secteur ; il ne permet pas de calculer le résultat du dispositif Deezer.
Notre lecture — Le premier gagnant du Women Chart, c’est Deezer. La plateforme s’offre un engagement visible, décliné dans treize pays et renouvelé chaque mois. Les artistes déjà très écoutées en profitent mécaniquement : un top fondé sur le volume récompense d’abord celles qui sont installées. Les nouvelles venues, elles, n’y gagnent qu’un signal, sans garantie de revenus. Tant que Deezer ne publie pas ses données de découverte, la valeur du dispositif reste du côté de la vitrine.
Ce qu’il faudra demander à Deezer
Pour savoir si ce classement change réellement la donne, il faudrait connaître sa fréquentation, les écoutes déclenchées depuis ses pages et le nombre d’artistes qui y entrent pour la première fois. La répartition des places entre vedettes et artistes moins exposées compterait autant que le volume global. Les effets devraient aussi être examinés marché par marché : une même vitrine n’a pas la même portée en France, au Brésil ou en Pologne. Ce sont des indicateurs de suivi proposés par OHMAZIN, pas des résultats déjà publiés.
L’autre enjeu concerne les artistes elles-mêmes. Une apparition dans le top peut servir de signal à des programmateurs, labels ou médias ; elle ne garantit ni rémunération supplémentaire ni carrière durable. Deezer a posé un choix éditorial identifiable et l’a étendu. La prochaine étape, pour juger sa portée plutôt que son intention, serait de publier des données permettant de distinguer visibilité, découverte puis écoute répétée. En leur absence, le Women Chart reste une initiative observable, mais son impact demeure à établir.
Sources
- Deezer — annonce du lancement du Women Chart, 6 mars 2025
- Deezer — extension du Women Chart, 6 mars 2026
- Deezer — part d’écoute des artistes féminines en septembre 2025
- Centre national de la musique — état des lieux sur la place des femmes dans la filière
- Billboard France — exemples d’artistes et entretien exclusif sur le Women Chart
- Music Ally — Only 27 % of the average Deezer user’s listening is to women (Stuart Dredge), 9 mars 2026
- News Tank Culture — Women Chart/Deezer : cinq entrées en février 2026 ; extension du classement à six nouveaux pays, 6 mars 2026






